Colonies de peuplement entre Ríos Uruguay et Parana

Les colonies de peuplement dans le bassin fluvial du Parana

1855:Apipé - Hauts Pyrénéens 1857:San Carlos - Suisses.
1855: Nueva Burdeos - Aquitains Jean DUCASSE

Bordées par le Parana, les provinces argentines de l'Entre-rios, de Corrientes et la République du Paraguay ont vu s'implanter, à partir de 1854, un certain nombre de "Colonies de Peuplement". D'autres colonies de même type, se sont implantées ailleurs, et notamment dans la province de Buenos Aires, aprés les différentes guerres pour la pampa indienne....N'envisageant pas traiter ce sujet , nous les citons seulement pour mémoire.

Depuis le port de Buenos Aires, le río Paraná et ses deux grands affluents les río Paraguay et Uruguay, consituaient, sur plus de 1300 kilométres jusqu'à la frontiére du Paraguay - pratiquement la seule voie de pénétration naturelle, ouverte aux transports des personnes et des biens.
En effet,jusqu'à l'avénement du chemin de fer, et en l'absence totale de ponts et de voies carrossables, la majorité des déplacements individuels s'effectuaient surtout à cheval pour les voyageurs ou par les antiques "carretas" (char à boeufs) pour les transports de marchandises. Devenant rapidement impraticables à la saison des des pluies,les rares pistes existantes et les passages à gué auxquelles elles aboutissaient constituaient rapidement des obstacles infranchissables qui obligeaient souvent les malheureux voyageurs à effectuer de trés longs détours ou à rebrousser chemin, quand ils le pouvaient.....

BASSIN DU PARANA

Bassin Fluvial  du PARANA

Cette région, très importante du point de vue de l'histoire du Río de la Plata, l'est également sous l'angle de l'histoire de son immigration. A cet égard, José URQUIZA, président de la Confédération argentine de 1854 à 1860, a joué un rôle essentiel.
urquiza.jpg Le Général Justo José URQUIZA (1801-1870) est né le 18 octobre 1801, dans l'Entre Ríos. Il était militaire de carriére et le richissime propriétaire terrien d'un immense domaine familial à San José, dans sa province natale.A une époque où les usines frigorifiques n'existaient pas encore, il possédait également les quatre plus grands saladeros (Etablissements fabricant des cuirs salés) du pays et il avait le monopole de l'exportation du "tasajo" (viande séchée) avec ses propres navires.
Il appartenait au parti Fédéral comme son rival ROSAS et il finira par lui succéder en tant que président de la République Argentine de 1854 à 1860. Caudillo de type patriarcal, il avait également été précédemment gouverneur de l'Entre Río et construit, à San José, un somptueux palais de 38 piéces où il devait périr assassiné, le 11 Avril 1870.
Certains historiens argentins considérent ,à juste titre, que, en 1851 et 1852, la conduite de Urquiza vis à vis de Rosas était uniquement dictée par des motivations matérielles.

  • Le premier aspect de l'enrichissement de Urquiza pendant la Guerra Grande, repose sur l'approvisionnement de Montevideo pendant le siége de cette capitale: Depuis 1847 les bateaux de URQUIZA ne se contentaient pas seulement d'amener de la viande à l'aller, mais au retour ils importaient dans l'Entre Ríos des marchandises européennes qu'il réexpédiait sur Buenos Aires, en franchise de droits de douanes puisque provenant de la fédération.
  • La sortie illégale d'or vers l'Europe constituait le 2éme volet de cet enrichissement. Depuis 1837 Rosas avait interdit toute sorties d'or vers l'extérieur du pays. Cependant il ne pouvait pas l'empêcher les mouvements d'or monétaire vers les autres provinces de la confédération. Malgré cette interdiction, Urquiza se faisait payer en or les marchandises européennes que ses bateaux amenaient à Buenos Aires, puis aprés un détour par l'Entre Ríos il reventait cet or de contrtebande sur le marché de Montevideo où les cotations du métal précieux étaient plus élevées....
  • En 1849, ROSAS met finalement fin à ce trafic en interdisant formellement les chargements d'or sur les bateaux vers l'Entre Ríos et parallélement les débarquements à Buenos Aires des marchandises européennes en provenance de cette même province. Urquiza protesta, au nom de son passé militaire et des services qu'il avait rendu au parti fédéral.... Ce fut en vain, ainsi préparée, la rupture définitive avec ROSAS se concrétisera au terme des 2 années suivantes:
  • Le 8 octobre 1851,URQUIZA s'associe à une coalition contre Rosas (Traité de Montevideo entre l'Uruguay, le Brésil et les provinces argentines de Corrientes et Entre Ríos).
  • Le 3 Février 1852, il signe la déroute de Rosas à la bataille de Monte Casero qu'il conduit en tant que général en chef des 28000 hommes de l'armée de la coalition.
  • .En 1854, Rosas est renversé aprés la bataille de "Monte Casero" et le gouverneur de Corrientes, URQUIZA, lui-même d'origine basque, prend le pouvoir, et, par réaction et par politique, se montre favorable aux étrangers.
    Il est frappé de la réussite de quelques établissements pyrénéens dans son ancienne patrie d'Entre-Ríos, et il décide une campagne d'immigration officielle et prononce un fameux discours dans lequel il conclut: "Il faut dépeupler les Pyrénées"
    Il s'entend avec un docteur béarnais (!) Brougnès (sic) de Morlaas(!). Celui-ci redige en 1851 un factum publié par le gouvernement argentin intitulé "SUR L'EXTINCTION DU PAUPERISME AGRICOLE PAR LA COLONISATION DE LA PROVINCE DE LA PLATA". Un traité est conclu avec ce Béarnais(!) pour faire venir des Pyrénées mille familles de cultivateurs français

    (Sources: Conférence Pierre DEFFONTAINES - Saragosse en 1952 - "Participation des pyrénnnées au peuplement de la Plata de la Plata"

    Au crédit des mesures prises par Urquiza en faveur des étrangers:
    a) La loi du 27 septembre 1854, restaurant la COMMISSION CENTRALE DE L'EMIGRATION supprimée par ROSAS en Aout 1830. Composée a partité de notables " criollos " (naturels du pays) et étrangers, cette commission était chargée d'arbitrer les litiges pouvant s'élever entre les émigrants et leurs employeurs. Elle était également chargée de surveiller les contrats passé en Europe entre les futurs émigrants et les entreprises ou agents d'émigration.

    b)Une participation gouvernementale à diverses initiatives philanthropiques privées, chargées d'assurer concrètement pendant une semaine l'accueil et l'aide aux étrangers lors leur leur arrivée à Buenos Aires.
    C'est ainsi qu'a pu être inauguré en 1857 un HOTEL DES EMIGRANTS situé au N° 8 de la calle Corrientes : Confort sommaire, dortoirs séparés pour les hommes et les femmes, couchettes en planches numérotées avec interdiction d'en changer (chacun doit amener sa literie).Dortoirs hommes séparés de ceux des femmes et après coucher du soleil, interdiction de passer de l'un à l'autre. Malles placées au pied de la couchette avec le surplus de bagages consigné dans une réserve ... mais toit et nourriture gratuite pendant 8 jours.

    c)Une participation personnelle de URQUIZA à la creation de plusieurs projets de Colonisation. A notre connaissance il a été l'instigateur d'au moins deux colonies de peuplement dans le nord de la province de Corrientes, à la frontiére du Paraguay

    La premiere, concédée au le Bigourdan, BROUGNES, a été implantée en 1855, en face de l'Ile d'APIPE sur le Parana
    Le seconde signée avec la Société BECK-HERZOG conduira à la naissance en 1857 de la Colonie Helvétique de SAN CARLOS

    Restant dans cette zone, nous traiterons également d'une troisiéme colonie inaugurée en 1856 baptisée "NUEVA BURDEOS". Egalement accessible par le río Parana, mais située au NE d'Asunción, au Paraguay , avec comme initiateur, Solano LOPEZ (famille FRANCIA), futur président de la République du PARAGUAY. Elle comportait une majorité de Bas Pyrénéens.

    Fin du trajet Fluvial, emprunté par les colons de APIPE, et de la NUEVA BURDEOS"
    Fin du trajet Fluvial commun aux colons de APIPE, San CARLOS et NUEVA BURDEOS

    1) Colonie d'APIPE (1855-1856)

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    Localisation des colonies de San Carlos et Apipé L'origine du contrat pour cette colonie, est attribuée à URQUIZA par Pierre Deffontaines. Il concernait une concession, de terrains dans le nord de la province de Corrientes accordée en 1854 à l'Entreprise Bigourdane fondée par le docteur BROUGNES
    Dans l' ouvrage, qu'il publie dés son retour en France, Brougnes situe son projet de colonie, en bordure du río Paranà, en face de l'île d'APIPE, et en limite de frontiére avec la République du Paraguay (à vol d'oiseau, plus de 1200 Kms de Buenos Aires et largement plus pour un accés par le fleuve).
    Cette implantation se trouvait également en aval de l'actuel Barrage Hydroéléctrique Yacyreta et a proximité immédiate de la ville de Ituzaingo connue pour avoir étè, en 1827, le théâtre d'une célébre bataille à l'origine de l'Indépendance de la République de l'Uruguay. Elle se trouve également dans la même zone que la future colonie Helvétique de San CARLOS (Promoteur : Urquiza avec la Compagnie Berk Herzog).

    Auguste BROUGNE (1810-1880)
    Bigourdan né à CAIXON (65)- et non pas Bearnais de Morlaas - ancien docteur en Médecine pendant trois ans dans la région d'Orléans, Entrepreneur de colonisation atypique aprés avoir vainement tenté de se lancer dans la politique locale, disciple de Charles FOURIER (le "socialisme utopiste"), il défend la création de Phalanstéres et croit à la recherche du bonheur par le travail. En 1850, Il était parti pour l'Argentine et l'Uruguay en 1850, pour étudier les moyens d'y appliquer les théories de son mentor (comme certains autres Fouriéristes l'ont fait à la même époque en Algérie, au Brésil et aux Etats Unis).
    En 1852, il publiera à Montevideo un ouvrage sur la mise en valeur du pays et prendra des contacts avec différentes personnalités.Vraisemblablement franc-maçon - comme beaucoup de dirigeants gouvernementaux au 19éme siécle (Garibaldi, Gonçalvez...) il parviendra à nouer des relations avec le général URQUIZA dont il obtiendra un contrat de colonisation (CF Deffontaines) .

    LE CONTRAT
    Affiche BROUGNES  Ce contrat visait à faire venir 1000 familles paysannes afin de fonder plusieurs colonies dans la province de Corrientes. Pour chaque colonie, l'entrepreneur Bigourdan s'engageait à recruter et à transporter à ses frais jusqu'àu la lieu d'établissement (Trajet Maritime + Trajet fluvial, ce qui n'était pas à l'époque une mince affaire): un minimum de 200 familles de 5 personnes.

    Chaque famille devait recevoir gratuitement du gouvernement de Corrientes l'équivalent de 33 hectares de terres (soit 20 cuadras), ainsi que la semence et la nourriture pour la 1ére année, les outils et les animaux domestiques nécessaires à l'exploitation et enfin, un logement de 2 piéces en terre battue avec toit de paille (localement dénommé "rancho").

    En contre partie de ses avances, l'entrepreneur de colonisation devait recevoir le 1/3 des récoltes pendant les 5 premiéres années, au terme desquelles, le colon devenait pleinement propriétaire.

    PROPAGANDE

    De retour en France en 1854,aprés 3 ans dans le rio de la Plata, il va installer le siége de sa nouvelle entreprise de colonisation à CAIXON (3 kms de Vic, 7 de Maubourguet, 10 de Rabastens et 21 de Tarbes)
    et publier son livre" de l'extinction du paupérisme par la colonisation des pays de la Plata"

    Trés clair et précis, agréable à lire, ce document comporte une préface et trois parties:

    Dans la préface, il argumente sur sa compétence en tant qu'agriculteur et sur sa sa connaissance des pays de la Plata (!!) Pour convaincre le lecteur du bien fondé de son entreprise,il n'hésite pas à produire à l'appui, comme arguments publicitaires, des lettres de premiers colons enthousiastes.

    Dans la premiére partie il développe la complémentarité entre les excédents de main d'oeuvre agricole en Europe et son manque de terres agricoles et les immenses besoins de peuplement du Rio de la Plata du point de vue de la mise en valeur de son territoire.

    Dans la deuxiéme partie il présente les principes de son systême de colonisation,directement issus de la philosophie Fouriériste.Il y décri avec un luxe de détail (théoriques!!),et plan à l'appui l'implantation de la future colonie.

    Enfin la troisiéme partie présente la nouvelle Confédération Argentine et sa constitition, son histoire récente et son territoire (carte incompléte).

    Ce livre de propagande a été trés largement diffusé (prés de 10.000 exemplaires pour 3 éditions). Dabord dans le département des HP et limitrophes puis finalement dans toute l'Aquitaine et jusqu'en région Parisienne. Il sera appuyé par une campagne de publicité (annonces alléchantes dans la presse locale et nationale et par voie d'affichage) et par la constitution progressive d'un important réseau de sous agents et de rabatteurs chargés du recrutement des futurs colons.
    Dabord commencée dans les communes et sur les foires marchés de Vic jusqu'à Tarbes, cette prospection s'étendra à tout le département puis, devant la nécessité de compléter les navires, aux départements des Landes, Gers, Lot et Garonne et Dordogne voire même à d'autres départements français.

    CONVOIS POUR CORRIENTES: Deux convois de colons, pourront ainsi être formés au départ de Bordeaux. Ils seront constitués par une grande majorité de Bigourdans (43% pour les 3 derniers bateaux du deuxiéme convoi, mais sans doute sensiblement plus pour le bateau du premier convoi).

    1er Convoi:
    En 1855, un premier convoi sera prêt au départ. Conduits par un directeur de colonie, Mr SABATHIER et un état major à peu prés complet (Curé, Directeur d'école, juge de paix et directeur des Douanes et médecin), les 250 premiers Colons vont quitter Bordeaux
    Dés l' arrivée à Montevideo le convoi va rencontrer les premiéres vicissitudes. En attendant le vapeur pour le Paranà plusieurs colons se laisseront débaucher. La main d'oeuvre locale est en effet rare et les nouveaux arrivants trés sollicités par des futurs employeurs. Les offres de travail sont nombreuses. La douceur du climat et la perspective d'échapper à une nouvelle navigation de plus de 1300 Kms par le fleuve va faire le reste.
    Finalement ce qui reste du convoi va arriver au terme de son périple en Février 1855. A peine arrivé, un grave conflit va surgir entre SABATHIER, Directeur de la Colonie et Bernard PUJOLS, le gouverneur de la province de Corrientes. En effet celui-ci n'a pas tenu les engagement pris avec BROUGNES et rien n'a été préparé pour l'emplacement et les aménagements promis .... Pour tout arranger, il débauche le curé et l'enseignant qui iront exercer leur ministére en dehors de la colonie....En définitive les colons finissent par s'installer provisoirement auprés d'un établissement voisin. Ils seront bien accueillis par les "criollos" du coin.

    2éme Convoi:
    Le deuxiéme convoi partira quelques mois aprés. Cependant il va être confronté à des conditions encore plus séveres que précédemment.

    a) Tout dabord pour la préparation et le déroulement du voyage: Le recrutement s'avére plus laborieux que prévu. Brougnes risque de ne pouvoir tenir ses engagements vis à vis de son armateur de Bordeaux. Il va redoubler d'efforts et augmenter le niveau de sa propagande. Ses interventions, et celles de ses agents, se multiplient sur les marchés et les foires locales. Il opére également par voie d'affiches (voir exemple ci contre) et par annonces dans la presse du grand Sud-Ouest. Il fait rééditer son livre son livre qu'il déposera partout (y compris à Paris et Chartres où il est connu)
    Cependant il n'arrivera pas à remplir le navire pour la date prévue, même en cédant sur le nombre de 5 personnes minimum par famille et par lot. Il créera donc des demi-lots. Ce ne sera pas suffisant. Il prendra aussi des passagers libres pour Montevideo, Buenos Aires et même pour Corrientes. Finalement un premier navire partira à la date prévue, mais incomplets. Les passagers recrutés entre-temps prendront le bateau suivant ("La ville de Grenade"), lui même suivi d'un troisiéme....
    Aussi mal engagées dés le départ, les opérations vont continuer à déraper en arrivant de l'autre çoté de l'Atlantique.
    Quand le 1er voilier touche Montevideo, le vapeur argentin qui devait le remorquer pour la remontée du Paraná n'est pas au rendez-vous....Le commandant n'y va pas par quatre chemins: il débarque les colons et poursuit sa route vers Buenos Aires... Le commandant du "Ville de Grenade" fera de même. Quant au troisiéme navire, il sa s'échouer sur les côtes du Brésil. Cependant, le second capitaine parviendra à rasssembler ses passager et à les conduire jusqu'à Montevideo.
    Les problémes vont se multiplier : Lassés d'attendre, et sollicités sur place beaucoup de colons abandonneront le convois.

    b) Ensuite lors de l'arrivée à APIPE: Il n'y a plus de terres disponibles sur l'emplacement où s'était déjà installé le premier convoi..... Qu'à cela ne tienne, Bernard PUJOLS va les mettre ailleurs.... Or ces terres sans clotures étaient exclusivement utilisées par les éleveurs locaux qui les occupaient pour un élevage de type traditionnel où les troupeaux (exclusivement ovins) avaient l'habitude de vaguer en toute liberté ..

    Ces criollos en étaient encore à la "edad del cuero" (âge du cuir). Ils n'avaient pas encore atteint la "edad del alambrado" (fil de fer barbelé) apparue dans la "pampa" à partir de 1850.
    Cette révolution, en favorisant le développement d'un agro-elevage plus rationnel en permettant la division des estancia en "potreros" (grandes parcelles cloturées) autorisant la rotation des ovins (la conformation de leur bouche ne permet broutage des herbages que jusqu'à 3 cms du sol) et leur alternance avec les moutons (mieux adaptés aux pâtures courtes qui en terminent le travail favorisant la repousse). et l'implantation de "chacras" ( grandes parcelles ou fermes spécialisées consacrées à l'agriculture).
    Dans ces conditions la juxtaposition, en un même lieu de deux types d'activités, incompatibles en l'absence de toutes clotures, devait nécessairement conduire à des conflits, d'autant plus aigus que chacune des deux parties était parfaitement convaincue de son bon droit.... Si à cela on ajoute la coexistance d'un juge de paix pour les français et d'un juge de paix pour les criollos on peut aisément imaginer l'ambiance entre les différentes communautés ..Un colon et le directeur de la colonie seront assassinés....

    Finalement lâché par ses correspondants Uruguayens et par les autorités consulaires françaises, BROUGNES ( et surtout les malheureux clients qui ne l'auront pas abandonné en cours de route !) verront leur aventure se solder par un fiasco complet.

    c) Enfin au plan des résultats agricoles, ceux-ci seront nuls, même pour les colons arrivés par le premier convoi. Arrivés trop tard, ceux-ci n'ont pas eu le temps de mettre les terrrains en culture pour la premiére année. Quant à la deuxiéme année la récolte sera détruite par une invasion de "langostas"(trés grosses sauterelles Vertes ou grises) venues du "Chaco" paraguayen tout proche.

    Ce phénoméne, trés fréquent dans cette zone du rio de la Plata était normalement prévisble.
    En effet, avant l'apparition des insecticides, les périodes d'invasion des sauterelles, originaire du CHACO, revenaient tous les trois ans et pour 3 années consécutives : trois ans avec les "langostas" puis 3 ans de tranquilité...Les vagues successives avaient des effets impressionants aussi bien sur les récoltes que sur les herbages naturels dont se nourrissait exclusivement le bétail. Pour essayer de les détruire et de limiter les dégâts on utilisait des espéces de lance-flammes (pulvérisateurs de pétrole enflammé...) sans apparemment beaucoup de résultats.

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    Les informations biographiques et bibliographiques sur le Docteur BROUGNES et et son parcours Français utilisées ici sont issues d'une trés intéssante conférence sur l'Emigration Bigourdane en Agentine, présentée conjointement le 15 Mars 2002 à la Maison de l'AMERIQUE LATINE à Paris par Mme Jeannette LEGENDRE et Robert VIE. Nous les en remercions vivement ainsi que l'Amicale des Bigourdans de Paris qui en a diffusé un excellent compte rendu largement repris dans notre travail. Ce dernier cependant incorporé plusieurs complément, notamment géographiques ou historiques sur l Rio de la Plata permettant de mieux comprendre les principales causes de l'échec d'une aventure ephémére, dont la durée aura été d'à peine 2 ans (1855-1856).
    La premiére raison tient à la personalité du docteur BROUGNE dont le caractére nous est suggéré par nos deux conférenciers: Passage éclair à Chartres, briéveté de sa carriére médicale, démélées avec le conseil municipal, échec dans sa carriére politique, "j'ai de la malchance, ce sont toujours les autres qui se trompent, pas moi"

    La deuxiéme cause apparaît dés la préface de son ouvrage sur la colonisation et son inspiration Fouriériste, où il laisse accroire à ses lecteurs qu'il connait parfaitement son sujet alors qu'il n'a fait que le traiter d'une façon théorique et avec des idées toutes faites.

    On doit enfin - et c'est là le troisiéme élément d'appréciation - s'intérroger sur les expériences, les lieux visités et la nature des contacts pris par BROUGNES au cours des 3 années passées dans le Rio de la Plata. En effet en dehors du le témoignage de Deffontaines sur son contact avec URQUIZA et la publication d'un premier livre à Montevideo en 1851 nous ne savons pratiquement rien de ce qu'il a réellement fait pendant les 3 annnées passées dans le rio de la Plata.
    Par contre, ce qui est une certitude compte tenu du résultat final, il a incontestablement sous-estimé les difficultés de la derniére partie d'un voyage, auquel il ne devait pas personnellement participer ! Dans ce contexte, il semble avoir agi avec beaucoup de légéreté. En tant qu'organisateur responsable, il nous paraît en effet la moindre des choses ,qu'avant son retour en France, qu'il prenne le temps d'aller reconnaître la derniére étape du parcours et le lieu où devait être implantée sa future colonie. Il ne l'a vraisemblablement pas fait car, si tel avait été le cas, il n'aurait certainement pas manqué de le souligner, dune maniére ou d'une autre, dans la préface de son livre.

    Paradoxalement, et malgré le fiasco de son entreprise, le livre de Brougnes et la propagande développés à cette occasion sont seuls restés dans la mémoire collective... Le mouvement régional, ainsi amorcé par BROUGNES, s'est prolongé en Bigorre jusqu'en 1914 avec l'apparition d'une émigration de deuxiéme génération, cette fois suscitée par les premiers arrivants et fondée sur la solidarité familiale ou villageoise.

    2) Colonie de SAN CARLOS: Savoyards Suisses et Valaisans (1857)

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    Vers le milieu du 19éme siécle, le rio de la Plata a été, aprés les Etats Unis, la deuxiéme destination de prédilection de l'émigration Helvétique vers le nouveau monde... Les colonies de peuplement agricole y ont été particulieurement nombreuses et s'y sont implantées trés solidement, notamment dans les régions situées dans les provinces Entre-rios et de Corrientes en argentine (San José, San Carlos, San Juan, Baradero ou Esperanza) ou de Colonia Suiza, en Uruguay. Trés bien intégrés au pays, les suisses on su cependant conserver leur identité d'origine au travers d'un certain nombre d'institutions privées ou publiques: Banques, Assurances, Ecole, presse, amicales diverses, Sociétés de tir, etc...

    Par l'intermédiaire d'une entreprise de colonisation helvétique, la Société BECK-HERZOG, le général Localisation du Domaine de San José, Entre-rios URQUIZA, ancien gouverneur de la province de l'Entre-rios, succeusseur de ROSAS, avait concédé à des Savoyards Suisses et Valaisans des terrains qui lui appartenaient sur son immense domaine de SAN JOSE dans l'Entre Ríos

    NOTA: Face à l'implantation du domaine de San José en Argentine, il existe encore aujourd'hui, sur l'autre rive du río Uruguay, à la hauteur de Paysandú une zone apellée "Colonia Suiza", peuplée par des descendants de suisses alémaniques,(protestants) à rapprocher de la zone argentine peuplée par des descendants de suisses romans (catholiques).

    Une partie de L'histoire de cette émigration est racontée dans "LES COUSINS" .ou "Les Savoyards de la Pampa" par Claude Châtelain (Edition CURANDERA - SILOE - 1990). En voici une synthése .

    CONTRAT DE COLONISATION:
    Etabli au nom de la Sté BECK-HERZOG, le contrat comportait le nom du chef de famille avec la liste de ceux qui l'accompagnaient (Groupes d'au moins 5 adultes, par exemple 2 ménages et un beau frére). Il indiquait la somme avancée à l'émigrant pour fiancer les frais du voyage. Il fallait compter environ 240 pesos "oro", soit 250 Frs suisses.
    Le contrat devait s'appliquer à partir du port d'embarquement (LE HAVRE) jusqu'à l’arrivée dans la province de CORRIENTES en Argentine où chaque famille disposerait d'un lot de 20 cuadras (93 journaux).
    Les avances de la société devaient être remboursées en 5 annuités égales. La 1ere annuité étant payable à la date anniversaire de l'installation dans la colonie. Les 4 autres également. Pour chaque échéance, la famille signait une obligation séparée, avec une pénalité de retard de 0,5% par mois (Taux du pays). Ce contrat devait être authentifié par Consul d'Argentine en Suisse. Pour l'obtention des billets pour le voyage, l'émigrant aurait à présenter son passeport, ainsi qu'une attestation du curé de sa paroisse en cas d'avance de fonds demandée à BECK HERZOG et une demande de prêt cosignée par les 5 membres du groupe garantissant conjointement et solidairement le montant de la dette .

    Rédigés avec une précision helvétique, ce contrat nous semble très représentatif des contrats de colonisation pratiqués à la même époque . Avec quelques variantes, nous y retrouvons les principaux éléments des conventions retenus par les entreprises de colonisation BROUGNES (Apipé) ou LOPEZ (Nueva Burdeos)..

    CONDITIONS du VOYAGE
    La Société, avait passé une entente avec l’Agence Maritime MORISSE au Havre. Celle-ci devait mettre à disposition un bateau à vapeur de bonne tenue en mer pour la ligne "Le Havre-Buenos Aires" (ce sera le "Mary Mac Near"). Les billets et places devaient être retenues à l'avance, et les passagers devaient emporter les vivres et la literie nécessaires pour 2 mois de voyage, soit avec les effets personnel un maximum de 100 kilos par adulte, avec possibilté de supplément à régler à part. L'agence s'engageait à fournir à chaque passager : - une place d'entrepont, - une place non garnie pour la nuit, - une place pour faire la cuisine, le bois et charbon nécessaire à la cuisson des aliments, ll- eau douce, l''éclairage et les médicaments en cas de besoin

    DEROULEMENT DU VOYAGE
    Le voyage à eu lieu au mois de Mars 1857. Sous la conduite de François Vouilloz (démarcheur de la maison BECK et HERZOG) un convoi de 298 personnes avait été, rassembles en Suisse, à SION, MARTIGNY et MONTHEY. Puis déplacement en charrettes jusqu'à BALE. d'où les émigrants prendraient le train (wagons de bois) jusqu'à PARIS, avec un arrêt à STRASBOURG pour un changement de locomotive. Arrivée le soir à PARIS, avec interdiction sortir de la gare, puis au matin départ pour LE HAVRE où le convoi arrivera arrivent en début après midi. Les futurs colons peuvent enfin y prendre un peu de repos dans des maisons en bois réservées a cet effet pour les émigrants..

    18 Mars 1857 :Finalement 390 personnes sont embarquées au Havre sur le voilier à vapeur "Mary Mac Near" à destination de Buenos Aires. Ils seront accompagnés pour la traversée de l'Atlantique par un nouveau représentant de la maison BECK HERZOG (Martin SCHAFFNER, Suisse allemand) qui aura désormais la responsabilité du groupe jusqu'à Buenos Aires. Il contrôle les papiers et indique les places à chaque famille. Achats de denrées pour le voyage. Attente 4 jours a quai.

    Claude CHATELAIN, fournit une témoignage concret sur l'ambiance d'une traversée transatlantique vers le Rio de la Plata au milieu du 19éme siècle. Certaines d'entre elles subsistaient encore en 1931 et 1946/47.

    "Le matin du 5éme jour, le dimanche 22 mars, ils sentirent le bateau bouger et craquer de toutes part; on avait retiré les passerelles et tout le monde était consigné à bord. La marée était haute et le vent venait de se lever. Les voiles furent larguées aux commandements du capitaine. et prirent le vent".....

    La première nuit fut mauvaise, le bateau roulait et tanguait, la tempête s'était levée. La mal de mer venait de faire son apparition ........ Le plus gros problème était le manque d'eau (à l'époque et encore en 1947 les douches se prenaient à l'eau salée avec une petite cuvette d'eau douce pour permettre de faire mousser le savon….)

    24 Avril : Passage de l'équateur "baptême de la ligne" ( Bosco déguisé en Neptune et piscine d'eau salée en toile sur madriers montés par les charpentiers du bord).

    Approche du continent sud américain. côtes du Brésil (Baie de Rio de Janeiro et Santos), côtes d''Uruguay (lagune Merrín et zone de Santa Catalina), entrée dans l'estuaire de la Plata .

    25 Mai 1857 : Arrivée du "Mary Mac Near", après 64 jours de mer "tous les émigrants montèrent sur le pont... chacun redescendit à l'entrepont pour arranger et contrôler ses bagages. "Au fur et à mesure que le vapeur s'approchait du port une foule d'embarcations de tous tonnages allaient et venaient.

    La profondeur de la rade de Buenos Aires est assez inégale, le voilier à vapeur ne pouvait accoster à quai. Aussi des, baleinières de tout genre approchaient pour offrir leurs services aux immigrants. Tous les immigrants pauvres arrivant à Buenos Aires sont débarqués gratuitement avec leurs bagages par les soins de la commission centrale d'Immigration. Les baleinières chargées des navettes pour les passagers et les bagages portent un pavillon blanc avec une rose des vents bleu et rouge au milieu et la mention "Inmigrantes". Leur accompagnateur leur fait ses derniéres recommandations "Une fois à terre vous vous rendrez à l'asile des émigrants (N° 8 calle Corrientes) où vous serez hébergés gratuitement. Mais d'abord regroupez-vous sur le port, comptez-vous afin de vérifier que personne ne manque et faites cercle autour de vos bagages afin de les protéger. Monsieur Charles Beck viendra vous accueillir".

    HEBERGEMENT A BUENOS AIRES: En 1854, le gouvernement de la province de BA a nommé une commission pour protéger les immigrants à leur arrivée. La même année quelques négociants, avec l'assistance du gouvernement, ont fondé une société philanthropique pour assister et aider les immigrants pauvres en créant un asile des émigrants au N° 8 de la calle Corrientes.
    Cet asile, utilisable pendant les 8 premiers jours de l'arrivée, vient d'être à peine ouvert au public . Il offre un confort sommaire, mais toit et nourriture gratuite pendant une semaine. Couchettes en planche: chacun est tenu d'apporter sa literie et de garder la place numérotée qui lui est assignée. Dortoirs hommes séparés de ceux des femmes et après coucher du soleil, interdiction de passer de l'un à l'autre. Malles placées au pied de la couchette et surplus de bagages portés au magasin.......

    Mr Beck finit par arriver mais avec une mauvaise nouvelle (Rien d'installé, comme pour la Nueva Burdeos au Paraguay ?). Il a cependant une solution de rechange: Le domaine de San Carlos dans la province de Santa Fé !!!!

    ========== modif 9 juin 2007 =============
    Localisation actuelle des 3 colonies_test
    Urquiza, avait signé le 25.02.1853 un contrat accordant à Jean Lelong (Français, consul général d'URUGUAY en France) le privilège d'installer 10 à 20000 colons aux abords de la capitale provinciale de Santa Fé , avec un début d'exécution 20 mois après la pacification des états du Rio de la Plata, sinon la convention devenait caduque.
    Or le traité de pacification avait bien été signé le 20.12.1853 mais le gouvernement provincial n'avait encore rien préparé de ce qui avait été convenu lors de la signature du contrat avec la Cie BECK-HERZOG ....

    Cette opération avait finalement abouti à la création de 3 colonies sur le domaine de San Carlos, où les immigrants s'étaient regroupés selon leurs origines (valaisane ou alémanique) et religieuse (catholiques romans ou protestants) donnant lieu à la creation de trois villes que l'on retrouve aujourd'hui encore: San Carlos Centro, San Carlos, au Sud et San Carlos Norte. Elles sont situées à l'Ouest la capitale provinciale de San José (370000 habitants) elle même reliée à la ville de PARANA (240.000 Habitants) située à 25 kms, sur l'autre rive du río Parana, par un canal sous-fluvial baptisé "Hernandaria".

    En guise de conclusion nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire ci après une phrase très evocative à nos yeux, empruntée à la page 285 du livre de Pierre Chatelain à propos de la "pampa ".

    "Dans cette plaine, le soleil n'en finit pas de se coucher. Il reste comme une boule de feu, suspendu entre ciel et terre. Quand il disparaît, c'est tout de suite la nuit"

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    3) Colonie de la "Nueva Burdeos"

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    L'aventure de Nouvelle-Bordeaux en 1855 constitue sans doute le seul exemple d'une tentative d'implantation d'une importante colonie de peuplement Français au Paraguay.

    HISTOIRE de la NUEVA BURDEOS:

    L’idée de créer une colonie agricole française au Paraguay etait née en 1854, sur une initiative personnelle de Francisco Solano LOPEZ (1862-1870), lors d’une mission diplomatique en Europe , dont l'avait chargé son pére, le Président de la république du Paraguay,C.Antonio LOPEZ, avec comme objectif l'amélioraton des conditions de des traités de commerce et de navigation sur le Parana avec Londres et Paris.

    Depuis toujours isolé du reste du monde, par sa position géographique à l’intérieur du continent , le PARAGUAY l’avait été également de façon délibérée par les MISSIONS JESUITES et depuis 1814 par Gaspar RODIGUEZ de FRANCIA (1814-1840) , fondateur de la quasi-monarchie, constituée par 3 hommes d'une même famille qui régnera sans discontinuer sur le Paraguay de 1814 à 1870.
    Amorcée par FRANCIA, la politique de modernisation paraguayenne s’est trouvée accélérée par l’arrivée de son neveu, Carlos Antonio LOPEZ (1841-1862). C’est ainsi que le Paraguay l aura la première ligne de chemin de fer apparue en Amérique du Sud ainsi que le premier télégraphe.. Une manufacture d’armes à Asunción et sa propre ligne de navigation à Vapeur
    Le projet de Solano LOPEZ visait à faire venir au PARAGUAY, 800 à 900 familles d'agriculteurs majoritairement originaires du SUD OUEST et ainsi marquer la fin de la politique « isolationniste » suivie jusque là.
    Pour cette mission de confiance, Francisco Solano LOPEZ avait pris contact avec armateur bordelais, un dénommé Antonio LOPEZ (homonyme) chargé d'assurer le recrutement et l'organisation des différents convois avec le titre de Agent officiel du Gouvernement Paraguayen en France.

    Les accords furent officiellement ratifiés par le gouvernement de Napoléons III à Paris et celui de Carlos Antonio LOPEZ à Asunción ( avec un certain décalage pour le Gouvernement français car entre temps le 1er convoi était déjà parti....)

    1er Convoi : Le 14 Janvier , 134 émigrants partent de Bordeaux à bord du Trois-mâts l’ASTRONOME sous les ordres du capitaine CHOTEL) à destination de Buenos Aires. Là, ils seront transbordést sur le vapeur URUGUAY pour la remontée du fleuve de même nom.Ils arriveront le 27 mars au port Paraguayen de El Pilar pour finalement atteindre Asunción le 1er Avril 1855.
    Là rien n’est prêt pour accueillir les émigrants. Les émigrants sont débarqués le lendemain. Ils seront invitéspar le représentant consulaire français à se faire immatriculer auprés au Consulat de France d'Asunción. La plus part des colons répondra à cet appel. Cependant, l'enplacement de la colonie ne semble pas avoir été encore défini !

    2éme Convoi : 217 nouveaux émigrants s’embarquent à Bordeaux le 28 Février 1855, à bord de l'ARMAND ROSE ANDRE. Aprés 116 jours d’une traversée marquée par 7 décès à bord (fièvre cérébrale, sans médecin ) Le navire parviendra à Asunción le 11septembre où les colons mettront en cause l’armateur Antonio LOPEZ pour ne pas avoir respecté ses engagements.

    3éme et dernier convoi : Le vapeur français AQUITAINE quittera Bordeaux le 7 juin 1855 , avec 68 émigrants à son bord pour relier directement Asunción qu’il atteindra le 11 septembre 1855. A signaler que ce navire sera acheté par le gouvernement paraguayen le 24 octobre de la même année.

    mapa_paraguay.jpeg 20dec
    Finalement il aura fallu attendre le 14 Mai 1855 pour que le président C.Antonio López puisse promulgue officiellement, en Espagnol et en Français, le décret de naissance de la « Colonie française de la NOUVELLE BORDEAUX » , ainsi nommée pour rappeler le port d’embarquement soit 44 jours aprés l'arrivée du premier convoi, et l'on peut aisément imaginer la mauvaise humeur et les protestations légitimes des premiers arrivés qui redoublera lorsqu'ils arriveront sur l'emplacement qui leur était réservé et où rien n'est prêt pour les acceuillir..... Cet emplacement avait été choisi par le Président LOPEZ ( et non sans arriéres pensées) dans un lieu appelé actuellement Villa HAYES (à environ 25kms au Nord Est de Asunción). A l’époque cette zone était en effet la source d’un litige territorial entre le Paraguay et ses voisins Boliviens et Argentins. De plus le terrain était impropre à la culture et occupé les Indiens Guayacurus. L'emplacement de la colonie Francaise existe toujours. Une partie isolée a été réaffectée par le gouvernement Paraguayen aux Guayacurus. Leur descendants y vivent encore, assistés et cantonés à l'écart du reste de la population.

    Pour assurer la protection des Colons et les aider à défricher le terrain et édifier les premiers bâtiments ( et accessoirement pour les surveiller) , le Président LOPEZ , envoie un détachement de 1000 soldats de l’armée Paraguayenne.Il nomme également un chef de camp (un militaire) et un juge de paix. Les protestations des colons se multiplient et les premiéres désertions interviennent. Certains aussi, surtout s’ils sont artisans, retourneront s’installer à Asunción pour y exercer leur mêtier. Les désertions continuent et se multiplient, comme les interventions des représentants diplomatiques Français pour défendre leur compatriotes que vis à vis de l'administration paraguayenne. qui veut leur faire abandonner leur citoyenneté française. Soit pour leur accorder des subsides ou les aider à quitter légalement le pays.

    Reçu 9Janvier 1859 - Jean Ducasse

    Finalement, le 29 Décembre 1855, aprés de multiples tractations, le président C.Antonio LOPEZ comminiquera au consul de France de Asunción la dissolution officielle de la Colonie.
    Cette colonie n’a eu en fait que 7 mois et demi d’existence officielle.

    Après de multiples déboires rencontrés au Paraguay, un grand nombre de colons se sont installés en Argentine notamment dans la province de Corrientes et dans l’ Entre-Ríos, ainsi qu’à Rosario, Buenos Aires et Montevideo. Il leur suffisait en effet de descendre le fleuve Paranà, emprunté lors de leur arrivée . Tel a été pour « DUCASSE Jean, Artisan, parti à Paraná en Argentine. » Son nom figure en effet sur la liste des colons précédemment cités pour avoir quitté le Paraguay.(ancêtre du notre correspondant argentin pour lequel nous avions été amené à nous intéresser à ce sujet et à intervenir auprés des archives de Nantes).

    ORIGINE des COLONS de la NUEVA BURDEOS

    Les 419 colons recensés par le consulat d'Asuncion étaitent majoritairement , issus des actuelles région du MIDI PYRENEES et de l’AQUITAINE, avec une forte représentation de Pyrénéens ( 286 personnes, soit 68% de l'effectif) si l'on s'en référe au lieu de leur demande de passeports poour le Paraguay
    Hautes Pyrénées : 144
    Haute Garonne :125
    Basse Pyrénées :17
    Jean DUCASSE et sa familleRetour
    Voici les information communiquée par notre correspondant argentin qui cherche à retrouver les traces de son ascendance française ( probablement pyrénéenne). Nous n'avons bien retrouvé son nom et son prénom sur les listes dont disposent les archives du Ministére des Affaires Etrangére à Nantes (voir ci-dessous), mais rien concernant son lieu de naisssance ni celui où il a fait sa demande de passeport.
    Si quelqu'un était en mesure de l'aider. Qu'il veuille bien me contacter.

    La famille DUCASSE avait quitté la France pour le PARAGUAY en 1855. Aprés l'échec de la Colonie de LA NUEVA BURDEOS - comme beaucoup d'autres ex colons de la Nueva Burdeos - , elle est venue habiter la ville de Parana en Argentine où elle a fait souche.

    Jean Marie DUCASSE (1811-1890), embarquement à Bordeaux en 1885 à destination du Paraguay en compagnie de son épouse, Marie DULON (1811-1867) et de leurs 4 enfants : Jean-Baptiste(1833-1890), Laurent (1837), Mathias(1839) et Joséphine(1844-1891). Ils sont tous nés en France. Le père de Jean-Marie s’appelait également Jean, et sa mère Marie FONTANET.

    Extrait liste - nom DUCASSE

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    CONCLUSION

    Cette histoire présente une grande ressemblance avec celle de la Colonie Haut-Pyrénéenne de "APIPE", suscitée par un ancien médecin bigourdan, le docteur BROUGNES ouverte à peu prés à la même époque, et pratiquement dans les même conditions, dans la province de Corrientes, au nord de l'Argentine , en bordure du Río Parana, presque à la frontiére avec le Paraguay.

    SOURCES
    Les différents éléments utilisés ci-dessus proviennent d'un ouvrage intitulé «L’émigration Aquitaine en Amérique Latine au 19éme Siécle» publié par la MAISON DES PAYS IBERIQUES sous la direction du professeur Bernard LAVALLE,
    Plus précisément, ils sont tirés d'un chapitre intitulé « Rêve et désillusions de la nouvelle Bordeaux Paraguayenne 1854-1856 » rédigé par Claude Marzin à la suite d’un mémoire de DEA présenté en 1991 devant l’Université de NANTES

    . Ils proviennent également d'un rapport en date du 17 Février 1856 dont une photocopie nous avait été obligeamment transmise par les Archives du Ministére des Affaires Etrangére de Nantes ,suite à une demande nous lui avions adressé pour le compte d'un correspondant argentin, descendant de la famille DUCASSE, et dont le nom figure sur les listes de Colon reconstituées par Claude Marzin et annexée à son chapitre.

    En effet, depuis 1990, les archives du Ministère des affaires Etrangères de Nantes détiennent les registres du consulat de France à Asunción pour le 19éme siècle ainsi que la correspndances et les différents rapports transmis par les représentants diplomatique établis à l'époque dans cette partie du continent.

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