450 Un émigrant landais en Uruguay

Eugène MEYRANX (1838-1915)

2 déc 2006 à 19:01

Jean Eugéne est né un mercredi 12 Juillet 1838 à 11 heures du matin à "LARTIGALOU", commune de BASTENNES, dans le département des Landes (40) au centre des coteaux de CHALOSSE.


Casa donde nació nuestro bisabuelo J-Eugenio MEYRANX (12/07/1838), en Bastennes (40)
El lugar es dicho "Hartigalou" donde se puede divisar el paisaje que hemos colocado a
la derecha de la casa.
Maison natale de J-Eugéne MEYRANX, au lieu dit "Hartigalou", commune de "Bastennes" (40)
meyranx3.jpg
Entrée dans BASTENNES en venant de AMOU situé à 10 Kms par la D158
Tourner à gauche pour rejoindre la maison située à 400 métres de l'église
Entrando en BASTENNES, viniendo desde "AMOU" (pueblo mas importante) a unos 10 kilómetros por el camino departamental D158, doblar a la izquierda para ir a la casa.

Localisation  du Berceau Familial landais et béarnais

En el centro, nuestro bisabuelo Juan Eugenio MEYRANX, con mi abuela, Eugenia MEYRANX
Foto "Fitzgerald" sacada en Montevideo (1886).
A la derecha, el camino que baja desde la iglesia hasta "Hartigalou" (unos 400 metros).
Mas abajo, los dueños actuales cambiando de potrero (crían caballos).
Au milieu J.Eugéne MEYANX et sa fille Eugenie (Photo Fitzgerald prise à Montevideo en 1886)
Ci dessous, les propriétaire actuels faisant changer de pacage à leurs chevaux

Nouveaux propriétaires1 Nouveaux propriétaires 2
    Familia MEYRANX :
  • Dominique MEYRANX (n 1740) x Marie LESTAGE(n 1742), casados en LOURQUEN (40) ???
  • André MEYRANX (n 1767) x Marguerite ROZIER, casados en DAX (40) el 28/07/1794
  • Jean MEYRANX ( n 1807) x Suzanne BARADAT, casados en DAX (40) el 14/03/1829
  • J-Eugéne MEYRANX (n 1838) x Félicité LASSERRE, casados en LA TESTE (33) el 30/11/1861
    3 hijos nacidos en ARCACHON: Catalina (n 1863+1867), Marcel J-Eugéne "Victor" (n 23/07/1865), Marcelina Eugenia (n 17/11/1866)
  • Marcel J-Eugéne "Victor x Catalina STURLA, casados en BUENOS AIRES Aires ( Fecha ?)
    7 hijos nacidos en BUENOS AIRES: Eugenia, Raúl, Eduardo, Angélica (Yeya), Oscar (Lalo), Victor (Coco), Esther (Pototita).
  • Marcelina Eugenia MEYRANX x Domingo DUPONT, casados en MONTEVIDEO el 11/07/1885
    3 hijos nacidos en MONTEVIDEO : Eugenio, Maria-Felicia (Potota), Juan-Carlos

Il est le fils d'un charpentier landais, Jean MEYRANX, né à DAX le 15 Juin 1806, et de Suzanne BARADAT, une béarnaise originaire d'un village proche de Salies de Béarn, nommé LAHONTAN (64), où elle est née le 18 Janvier 1813. Eugéne est le deuxiéme garçon des 8 enfants de la famille ( 5 garçons et 3 filles ).
Son père décède en 1854 alors qu'Eugéne n'avait pas encore 16 ans. Sa mère est une femme énergique qui n'a besoin de personne pour élever les trois cadets (Jeanne, Jean et Jean-Baptiste, âgés respectivement de 12, 10 et 8 ans). Eugène restera cependant dans la région jusqu'en 1858, pour aider sa mére à veiller sur le reste de la famille.
En effet la soeur aînée vient d'épouser Jean Auguste TOLLIS et Jules, l'aîné des garçons, est e parti tout récemment pour les Etats Unis (plusieurs mois plus tard Jules adressera a sa famille une première lettre indiquant qu'il était bien arrivé et qu'il avait trouvé à se faire embaucher comme agriculteur prés de la localité de Ste Anne dans le comté de Kankakée, dans l'Illinois.

Finalement, à la conscription de 1858, ayant tiré un bon numéro, Eugène quittera lui aussi sa Chalosse natale, pour aller tenter sa chance dans la région d'Arcachon; alors en plein développement.

Charpentier à Arcachon :

Depuis 4 ans, la voie ouverte par la Compagnie des chemins de fer du Midi (créée par les frères Pereire), permet de relier Bordeaux à Dax et Arcachon via Lamothe. Ce tronçon du nouvel itinéraire ferroviaire "Bordeaux-Bayonne" a en effet atteint DAX le 12 Novembre 1854 et rejoint Bayonne le 25 Mars 1855.

Avec le développement des transports et à la vogue des "bains de mer" lancée par l'Impératrice Eugènie, la région d'Arcachon connaît une expansion considérable.... Par un décret impérial du 2 Mai 1857, Arcachon vient d'être érigée en commune indépendante et sa séparation de la Teste dûment consacrée.

La nouvelle ville, dont Mr Lamarque de Plaisance, fervent Bonapartiste, maire de La Teste jusqu'au 23 Mai 1857 et maire d'Arcachon depuis cette date, doit sa création à l'ouverture de la ligne de chemin "Bordeaux-La Teste", la première du SUD OUEST et l'une des plus anciennes de France. Cette ligne, inaugurée le 6 Juillet 1841 comportait initialement une voie unique de 52 Kilomètre. Telle quelle, elle devait néanmoins permettre la création de toute pièce d'une station balnéaire, en bordure du Bassin entre Eyrac et la Teste, à partir de la forêt de pins développée par Bremontier en 1780 pour fixer les Dunes.

Il aura fallu attendre la fin du premier empire pour voir apparaître les premiers Bordelais sur les rives du "Bassin".. Oscar Dujean, auteur du guide " Arcachon et ses Environs" édité en 1858 indique:

Jusque là ,La Teste était comme étrangère au reste de la France par les difficultés qu'il y avait pour s'y rendre. Seuls les Landais, habitués à voyager par des chemins couverts d'eau pendant l'hiver et de sable pendant l'été pouvaient se décider à entreprendre un tel voyage. Aussi les Bordelais eux-mêmes connaissaient à peine ce pays. De leur côté, les habitants de la Teste se trouvaient heureux de cet isolement.
Ils vivaient tranquilles dans leur paisible village. La population vivait en autarcie. Elle était essentiellement constituée de résiniers et de marins.

Entre 1789 et 1807, à la suite des développements de la forêt de pins et des travaux de Brémontier pour stabiliser les dunes, la population de La Teste était passé de 1600 à 2300 habitants. Elle atteindra 3000 Testerins en 1836 et 4000 en 1856, dont 500 personnes correspondaient au noyau sédentaire de ce qui allait devenir Arcachon en 1857 (Décret Impérial du 2 Mai) avec Mr de Lamarque de Plaisance comme Maire (Ancien Maire de La Teste depuis 1852)

Jusqu'en 1867, Jean Eugène à vécu à LA TESTE et ARCACHON où il exerçait la profession de Charpentier, comme son père et son grand-père tous deux natifs de DAX. Attiré par le développement de la nouvelle ville balnéaire, Il participe à la construction de la VILLA PEREIRE et à celle de nombreuse autres villas de la "VILLE d'HIVER".

ARCACHON est née de la séparation avec la commune de la Teste, réclamée dans une pétition signée par 1300 propriétaires ou habitants.
En 1857, ARCACHON comptait 500 habitants sédentaires, 3000 en été et 10.000 les dimanches et fêtes. La compagnie des Chemins de fer du Midi venait de créer les "Trains de Plaisir" Bordeaux-Arcachon. Le billet Bordeaux Arcachon aller-retour valait 3Frs.50 en 1ére Classe, 2.50 en 2éme, et 1,50 en 3éme).
Le 26 Juillet 1857, la jetée d'Eyrac vient d'être raccordée à la ligne Bordeaux ouverte en 1841, terminant ainsi la jonction Bordeaux-Arcachon et à l'ensemble du réseau ferroviaire Français.

La construction de la ville bat son plein (Ville d'Hiver, création du Parc Pereire, etc ...) et De nombreux aménagements viennent d'être décidés par le Conseil Municipal du27.06.1857 et réalisés en 1858:

- Arrosage des voies publiques,
- Service d'enlévement des ordures ménagéres ("Bourrier")
- Eclairage au gaz (65 candélabres sur Bd de la plage)
- 9 Bornes fontaines (8:Bd de la Plage - 1: Place St Anne)

Eugéne MEYRANX s'est marié à 23 ans le 30 Novembre 1861 à La Teste (33) avec Félicité LASSERRE ("Mamaseñora") alors âgée de 17 ans. Félicité était née dans cette commune le 11 Mai 1844 . Elle était la fille naturelle de Catherine LASSERRE, couturiére,t propriétaire à La Teste née vers 1805
. De ce mariage seront issus 3 enfants, tous nés à ARCACHON.

CATHERINE née le 10 Juillet 1863 ( Eugénie, Catherine)
FELIX, né le 23 Mars 1865, (Jean Eugéne Marcel Félix, dit "Tío VICTOR")
EUGENIE, née le 17 Novembre 1866 (Marceline Eugénie)

L'aînée des fille décédera trés jeune, sans doute peu de temps après l'arrivée à Montevideo. La seconde est ma grand mére paternelle, qui épousera Dominique DUPONT à Montevideo vers 1885.
Quant à "Tío VICTOR", 8 enfants, il a fait souche à BUENOS AIRES : Esther MEYRANX " Pototita ", "Lalo", Mabél etc...
-

Entrepreneur de Charpente à Montevideo

En 1867, le jeune couple (29 et 23 ans) et ses 3 enfants (4 ans, 2 ans, et 10 mois) décide de quitter la France pour MONTEVIDEO. En cela Jean Eugène fait comme son frère ainé, parti¨deouis presque 10 ans comme agriculteur aux Etats Unis dans l'ILLINOIS à Ste ANNE. La tradition familiale relate également une anecdote survenue en 1836, à la veille de la Guerra Grande, concernant un oncle de Eugéne MEYRANX, un dénommé Jean BARADAT qui aurait aurait précédé de 30 ans l'arrivée de son homonyme en Uruguay...

De tous temps ce garçon, bagarreur et turbulent, avait donné du "fil à retordre" à ses parents.
A la suite de circonstances, sans doutes plus graves que les autres, son pére l'avait fait s'engager à bord de la corvette "La Bonite", appartenant à l'escadre Française des Mers du Sud. En 1836/1837 ce navire effectuait un tour du monde sous les ordres du commandant Vaillant. Il s'agissait d'une mission diplomatique et scientifique ordonnée par l'Amiral DUPONTET, Ministre de la Marine et des Colonies, pour le compte du Muséum et de l'Académie des Sciences.

Aprés Pernambouc, Jean Baradat, suite à une indiscipline sans doute beaucoup plus sérieuse que les autres , avait été condamné "aux fers à fond de cale", en attendant un retour en France pour y être jugé par le tribunal de l'escadre.
En arrivant au large de ROCHA, à quelques heures de route de Montevideo, le navire avait été frappé par un violent coup de "Pampero" et un matelot avait été précipité à la mer. A ce moment là, le prisonnier effectuait sa sortie journaliére sur le pont.... Se rendant compte que l'homme à la mer ne savait pas nager et qu'il était emporté, le prisonnier s'était précipité à la mer pour le rejoindre et l'aider à se maintenir à flot en attendant l'arrivée du canot de sauvetage.

C'est ainsi qu'aprés l'arrivée à Montevideo, et à titre de récompense, le jeune Barradat avait été autorisé à débarquer dans la capitale de la toute nouvelle République Orientale de l'Uruguay.

Notre futur émigrant est un bon professionnel. Charpentier comme son père et son grand père. Son métier, exercé lors de la construction d'ARCACHON, lui a permis de constituer un pécule suffisant, lui permettant de financer son voyage et de démarrer l'entreprise de Charpente qu'il envisage de créer à Montevideo. Par des parents Béarnais (famille BARADAT), il a connaissance du boom économique suscitée par la Guerre avec le Paraguay et la forte demande de la capitale Uruguayenne dans le secteur de la Construction. Finalement il retient son passage à bord du trois mâts "L'AFRICAINE":.
"MONTEVIDEO "
"Le joli navire AFRICAINE, Capitaine Pitel partira le 25 Juin."
"On prendra du fret et des passagers. "
"S'adresser à MM. BEYSSAC & GAUTIER, Armateurs et à Mr Felix TOURNAY , Courtier Maritime"
(Journal "LA GIRONDE" du 24 Juin 1867)
En fait, "L'AFRICAINE" ne partira de Bordeaux que le 8 Juillet 1867. Les extraits de journaux, trouvés sur microfilms à la Bibliothèque Municipale de Bordeaux, permettent de retracer les étapes de cette traversée.
"EN RIVIERE (Montée): Trois mâts "AFRICAINE", Venant de Buenos Aires, Capitaine Boulanger"
(Journal "LA GIRONDE" du 5 Juillet 1867 )

"EN RIVIERE (Descente): Trois mâts Français"AFRICAINE", allant à Montevideo (Journal "LA GIRONDE"N° 5785 du 8 Juillet 1867)

"VISITE DE DEPART: "AFRICAINE" Trois mâts de Bordeaux, Capitaine PITEL, allant à Montevideo, Courtier TOURNAY"

"NOUVELLES MARITIMES:"AFRICAINE"reparti de Buenos" " Aires le 3 Août, allant à Bordeaux avec 400" "barriques de suif, 438 Balles de laines, 331 Balles de " peaux de mouton, 86500 cornes, etc.."
( Journal "LA GIRONDE"du 15 Septembre 1867)

Jean Eugène MEYRANX et sa famille figuraient donc parmi les plus privilégiés des 17000 immigrants entrés en Uruguay dans la seule année 1867, alors que de 1860 à 1867, plus de 70.000 émigrants sont entrés dans le pays .

Montevideo est à ce moment là en pleine expansion économique et démographique. La récente implantation du mouton dans les estancias commence a produire ses effets. L'exportation de la laine et des peaux de mouton vient s'ajouter à celle des produits traditionnellement fournis par les bovins (Cuirs, suif, viande séchée (tasajo), cornes (guampas)).

Le marché international et le niveau des prix internationaux favorisent les Cuirs et laines. La guerre du PARAGUAY (1865-1870)privilégie les activités du PORT DE MONTEVIDEO (Centre d'approvisionnement des armées alliées, notamment Brésiliennes). C'est ainsi que l'on y constate plus de 67.000 entrées d'émigrants pour la seule année 1967: 30000 Brésiliens venus du Rio Negro, 18000 Espagnols, 10000 Italiens et 9000 Français

La capitale commence à s'étendre au delà de la "Ciudad Vieja". Sa population , comme celle de l'intérieur, vient de tripler en 15 ans :

URUGUAYdont étrangers MONTEVIDEODont étrangers
185213200034000
186022200022%5600048%
186838500035%12600060%

Montevideo est restée une ville d'étrangers où les français, avec une majorité de Pyrénéens représentent encore prés de 20 % de la population (contre plus de 40% en 1842, quand débutait le siége de Montevideo).

Pour la plus part; ils sont originaires du SUD OUEST (Midi-Pirénées et Aquitaine). Ce sont essentiellement des agriculteurs et des éleveurs.Les Basques s'installent notamment à l'intérieur du pays, où aprés avoir débutés comme Intendants pour le compte d'un estanciero, ils finissent par contituer leurs propres troupeaux pour finir par avoir leur propres estanicias. D'autres s'installemtn à la périphérie de Montevideo (même chose pour Buenos Aires) pour créer un petit troupea de Vache laitiéres dans un "Tambo" où ils sont laitiers ou fromagers ou "Quinteros" (producteurs et marchands de fruits et légumes). Les béarnais et les bigourdans sont plutôt des artisans ou des petits commerçants. Ils restent surtout à Montevideo où beaucoup ouvriront de magasins d'habillement, de mode ou de frivolités ou ils s'installemnt dans les petites villes de l'Intérieur. D'autres enfin s'intéressent aux activités portuaires, à la navigation et au cabotage, généralement en concurrence entre les basques et les italiens

Tout naturellement, "Bonpapa" a exercé a MONTEVIDEO sa profession de Charpentier. La ville est en train de s'étendre et la demande y est particulièrement importante dans le secteur de la construction. L'entreprise de charpente crée par Jean Eugène MEYRANX participe à la construction de la "Casa de Gobierno" de la Plaza Independencia. Il construit aussi des "Folies" de style français dans les beaux quartiers du PRADO et de la UNION (où il s'établit) et à celle de plusieurs villas sur la rambla à "Pocitos". (de style arcachonnais !). Il semble qu'il ait également créé une scierie (reprise par Tío Victor ?? avant son départ, avant 1914, pour Buenos Aires).

Jean Eugène MEYRANX a fait édifier le caveau de la famille au cimetière du BUCEO en 1886. Il semble cependant que Mamaseñora et Bonpapa vivaient encore en 1914/1915. (Correspondance de Juan Carlos).