Correspondance de Guerre de Juan-Carlos DUPONT

Don Domingo annonce le départ de son fils pour la France
Départ retardé - 1ers effets de la guerre sur l'économie locale
Lettre N° 1 : A bord du Lutetia parti de Montevideo le 24 Aout 1914
Période du 10 septembre au 10 Novembre 1914
Débarquement à Bordeaux
Voyage de Bordeaux à Tarbes
Anecdote à propos des Armoiries de la république Orientale de l'Uruguay
Juan Carlos ne parvient pas à s'engager !
Tarbes et sa région Lettre N°3
Marseille: Des nouvelles de la famille Cestia
Découverte de la ville de Marseille> Lettre N°4
Salon de Provence Lettre N°5
Lettre N°7 aux grands parents MEYRANX
Vie quotidienne à Tarbes
Premiére lettre en français
Lettre N°10 : Dans 12 jours j'aurai 17 ans ....
Lettre N° 11 : Engagement au 14éme d'artillerie de Tarbes de Tarbes
Photo de Juan-Carlos - Tarbes, Mai 1915

De nombreux français, alors même qu’ils avaient quitté la France pour échapper au service militaire obligatoire - et également certains de leurs descendants - ont démontré leur attachement à la France en s'engageant volontairement dans l'armée française lors des deux derniéres guerres mondiales.

Les lettres de famille que nous vous livrons ici constituent un témoignage particulièrement émouvant de cet aspect oublié de la présence française en Uruguay pendant la guerre de 1914-1918.

Les deux premiéres lettres expédiées depuis Montevideo, constituent notre prologue
Elles sont adressées par Dominique DUPONT, qui informe sa cousine germaine, Marie-Louise LALANNE, du prochain départ de son fils, Juan Carlos, pour la France.
Elles permettent également d'illustrer trés concrétement les premiéres conséquences de la guerre européenne sur les économies des pays de l'outre Atlantique Sud.

Les autres lettres constituent la correspondance de guerre de Juan-Carlos DUPONT.
Adressées depuis la France à sa famille, elles font partie d'un série de 58 lettres rédigées en espagnol, qui s'échelonnent du 10 septembre 1914 au 29 Avril 1917.
Voici les traductions de quelques unes des premiéres. Compte tenu de vos réactions éventuelles nous continuerons avec les plus pittoresques des suivantes.

Dominque DUPONT etait donc arrivé en Uruguay à l'âge de 15 ans.
Il était l'un des neveux de Jean SENTUBERY, pére de Marie-Louise et le fondateur en 1860 d'un magasin de chaussures à l'enseigne de la "Bola de Oro" Calle Rincón es Juncal à Montevideo.
En 1886, aprés le retour en France de son oncle, Dominique etait devenu le propriétaire du fond de commerce, dabord en association avec Honoré CESTIA (autre neveu du fondateur) puis seul, aprés 1899 (retour de la famille CESTIA en France).
Au moment où il écrit cette lettre, il y a plus de 38 ans que " Don Domingo" a quitté sa Bigorre natale.
Il n’a cependant pas oublié le français ni l'occitan , malgré les hispanismes et les quelques fautes d'orthographes qui émaillent sa correspondance et que nous avons tenu à reproduire intégralement ci-dessous.

Don Domingo annonce le départ de son fils pour l'Europe
Prologue N°1 Emetteur: Dominique DUPONT Destinataire: Marie-Louise SENTUBERY-LALANNE> Retour
Ma trés chére cousine

Montevideo 5 Aout 1914

Le but de la présente est pour vous annoncer une nouvelle qui viendra vous surprendre. Il y a mon fils Juan Carlos qui part pour France, pour se présenter comme volontaire dans l'armée française.

Sur le LUTETIA, vont s'embarquer à Buenos Aires, 1500 jeunes gens et à Montevideo 400 Français et étrangers. Juan Carlos fait partie de cette expédition qui débarquera à Bordeaux ou Marseille. Comme l'agence ne savait pas dans quel des deux ports irait ce bateau, on crois qu'il aille à celui de Marseille. Je me suis empressé d'écrire à Félix CESTIA pour lui participer cette nouvelle. Si Juan Carlos va à Marseille, s'il peut, il ira lui faire une visite, en même temps pour lui demander de le guider s'il en a besoin.

Voyant la décision de J. Carlos nous sommes restés tous sans savoir ce qui nous passait. Il n'y a pas eu moyen de le faire changer d'idées, il s'en va très content. Je lui ai donné votre adresse pour qu'il puisse se communiquer avec vous. Lorsqu'il vous fera savoir dans quel endroit il se trouve, vous aurez la bonté me le faire savoir.

La guerre européenne commence à faire sentir ses effets dans le commerce et l'industrie. Tout jusqu'à le plus indispensable pour la vie coûte beaucoup plus cher. Maintenant le gouvernement vient de décréter ordonnant de fermer pendant 10 jours la Bourse et toutes les Banques et pendant trois mois personne n'aura droit d'aller convertir l'émission des banques pour de l'or. Cela cause un grand mal.

Le LUTETIA se trouve encore au port de Buenos Aires. Il était attendu dans le port de Montevideo il y a trois jours

Chère cousine, notre pensée étant toujours à ce qu'il peut survenir à J.Carlos, mon coeur se serre, je ne peux plus écrire. Sans plus je m'arrête, Eugénie et toute la famille me prient de vous présenter leurs meilleurs sentiments d'amitié. Soyez notre interprète auprès de Léon et Félicie. Veuillez embrasser vos chers enfants pour nous tous.

En attendant de vos bonnes nouvelles, Adieu ma chère cousine. Veuillez agréer l'assurance de nos tendres affections.

Domingo DUPONT

Départ retardé - Premiéres conséquences de la guerre sur l'économie Locale
Prologue N°2 Emetteur: Dominique DUPONT Destinataire: Marie-Louise LALANNE Retour
Ma trés chére cousine

Montevideo 1er septembre 1914

Je crois que vous aurez reçu par ma dernière lettre, la nouvelle qui vous aura sans doute passablement surpris, en apprenant la décision subite de mon fils J.Carlos.

Aussitôt que la guerre fut déclarée à la France par l'Allemagne et qu'il sût que le vapeur LUTETIA était destiné à repatrier (sic) les réservistes de Buenos Aires et de Montevideo, il lui vint l'idée de s'en aller aussi comme volontaire, pour prendre part à la guerre. Nous lui avons mis devant tous espèces d'obstacles, mais il n'y a pas eu moyen de lui enlever cette idée.

Lorsque je vous ai écrit ma dernière lettre du 5 août, on croyait que le LUTETIA allait partir aussitôt. Il se trouvait dans ce moment là à la rade de Buenos Aires, et on l'attendait à Montevideo pour embarquer les réservistes de Mo. Quelques jours parés, le Ministre de France annonça que le Lutetia ne viendrait pas à Mo. et celui qui voudra partir pouvait le faire en allant s'embarquer à Buenos Aires. Sans tarder Juan Carlos s'en alla à Buenos Aires pour s'embarquer. Peu de jours aprés, le Lutetia au lieu de partir directement pour BORDEAUX, vint au port de Montevideo pour attendre, de la part du Ministre de France, l'ordre de se mettre en voyage.

Il y a deux Messieurs qui étaient employés à une Banque française de Buenos Aires, où est employé mon neveu Raoul Meyranx, et comme ces messieurs s'en vont aussi par le même bateau pour aller faire leur service, Raoul leur fit faire connaissance avec J. Carlos.

A bord, ils occupent la même cabine. Etant au port de Montevideo, ils ont eu le 23 la permission de descendre à terre, et nous avons eu le plaisir de les avoir tous, avec Juan Carlos, à notre table peut être pour la dernière fois. Un de ces messieurs se nomme DUPONT Albert de Paris et l'autre Monsieur MAUVEZIN François.

En parlant avec ce dernier, il m'a dit qu'il est de POUYASTRUC. après lui avoir parlé de vous, il m'a dit qu'il vous connaît ainsi qu'à Léon, il connaissait aussi à feu votre père et à Louis votre frère. Lui ayant enseigné (sic) vos portraits, il vous a aussitôt reconnu. Si en arrivant à Bordeaux ils ont un petit congé, quand bien même ne serait-ce que le temps pour aller embrasser les parents, il m'a promis qu'il accompagnera a Juan Carlos chez vous.

Le Lutetia est parti de Montevideo le 24 Août. Comme il pense faire la traversée jusqu'à Bordeaux en 11 Jours, à l'heure où vous recevrez la présente, je crois que vous aurez eu le plaisir de voir à J.Carlos. Donc, aussitôt que vous recevrez celle-ci, ayez la bonté de me répondre de suite et me dire tout ce que vous saurez de J.Carlos. Nous attendons avec impatience de ses nouvelles.

 

Chère cousine, cette fois je ne vous envoie que l'extrait de votre compte courant, arrêté à fin Août avec un solde en votre faveur de 230,54 Piastres pour les loyers de votre maison pour les mois de Juin et Juillet.

J'ai bien voulu vous envoyer, comme d'habitude, un cheque de la dite somme, mais je n'ai pas trouvé aucune banque qui ait voulu garantir la réception de cette somme. Il paraît, d'après ce qu'on m'a dit dans une banque, que si je vous envoyais un chèque, il ne serait pas non plus payé dans ce moment en France.

Avant la Guerre Européenne, il y avait à Montevideo, comme dans tous les pays du monde, une grande crise. La guerre est venue l'augmenter. Beaucoup d'ouvriers sons sans travail, et le commerce complètement paralysé.

Avant dans les principales rues, on ne trouvait aucune maison louer pour installer un commerce. Aujourd'hui, des maisons vides à louer, on en trouve partout, à des prix plus bas. Vos locataires commencent à demander rabais. Ceux qui se sont plaint sont MM BACHERELLI et ROSSI. Si ces locataires demeurent fermes à leur prétentions, avant de voir les maisons vides, je leur ferai un petit rabais.

 

Chère cousine, j'ai appris avec plaisir le mariage de ma nièce Marie [Marie DUSSOUR]. La même chose qu'à vous, elle ne nous l'a pas non plus fait savoir. Avec qui s'est elle marié ? Vous ne m'en parlez pas. Nous venons de recevoir une lettre de Félix CESTIA, avec la photo de son petit garçon. Nous l'avons trouvé très gros. Il à l'air de se porter très bien.

Dans votre prochaine lettre, vous me ferez savoir quelque chose de Jules, Emile CESTIA et de mon filleul Louis. Ils doivent tous trois être sous le drapeau. Dîtes nous tout ce que vous saurez d'eux, ainsi que de mon fils. Quant à notre voyage, maintenant il ne faut plus y penser. Qui sait quand pourra se réaliser ce projet ?

Dans votre dernière lettre, vous me demandez si nous sommes encore propriétaires de la Quinta. Malheureusement elle nous appartient encore. Je vous dis malheureusement parce que je n'ai pas su profiter de la hausse de la propriété. J'aurais pu la vendre, il y a 2 ou 3 ans à 8$ le mètre carré, et j'en demandais 10$. Aujourd'hui avec la crise et la guerre européenne je n'en sortirais pas même la moitié. Je n'ai pas su profiter du moment, qui sait quand il reviendra.

Sans plus, Eugènie, la Potota, Eugène, mon beau-père et ma belle-mère jouissent d'une parfaite santé, et désirons que la présente vous trouve de même. Il se joignent à moi pour présenter à vous tous, tous les meilleurs sentiments d'amitié. Vous embrasserez vos chers enfants pour nous. Pour la guerre ils n'auront pas peut être pu profiter des vacances. D'après le plan que vous aviez sans doute préparé d'avance, à cause de ces événements inattendus, vous ne serez peut être pas allé à CAPVERN.

Dans l'attente de vous lire sans tardé (sic), Adieu ma chère cousine. Recevez l'assurance de ma vive affection et de nos baisers les plus sincères.

Domingo DUPONT

Chère Cousine, je vous ai envoyé par ce courrier des journaux. Ce que je vais vous demander en vue de l'actuelle guerre, ce sont des journaux de France afin de savoir les nouvelles que donnent les journaux de France. Merci à l'avance.

A bord du LUTETIA, parti de Montevideo le 24 Aout 1914
Lettre N°1 Destinataire: Juan-Carlos DUPONT Destinataire: Mme Eugénie DUPONT à Montévideo Retour
Ma trés chére maman,

Lutetia, le 10 septembre 1914

Comme promis, je t'enverrai cette lettre à partir du premier port où nous toucherons terre.
Pour l'instant je ne sais pas encore si ce sera DAKAR ou SAN VICENTE. Nous sommes en effet à 6 heures de l'arrivée et on ne nous a encore "RIEN" dit.

Au lendemain de notre départ, à 3 heures du matin, nous avons rencontré un bateau de guerre allemand qui nous attendait. Mais, dés qu'il l'aperçut, le commandant fit route au sud, à marche forcée et nous pûmes ainsi lui échapper.

Jusqu'à présent, le voyage a été splendide: je mange bien, je dors "macanudo"[Au poil] et je garde beaucoup d'enthousiasme ainsi que mes compagnons. Dés que j'arriverai à BORDEAUX je t'écrirai.

Et papa va-t-il mieux ? Et toi es-tu bien ? Ne le laisse pas manger des "Chorizos" et de la saucisse .. Gardes-les moi !

Le monsieur à la barbe est en train de me gronder parce que j'écris au un crayon. Dans "8 jours"[sic] nous serons à "Paris de Francia". Dis à "Tío Luis" que je lui rapporterai 8 poils de barbe du Kaiser, parce que les autres je les ai déjà promis. Je ne peux t'écrire mieux, le bateau bouge beaucoup. Environ 80 pour cent des passagers ont eu le mal de mer. Moi, j'ai eu la chance d'y échapper.

Bien le bonjour du "Misiou" barbu, de celui à la moustache rousse, de MONBESAIN et de DUPONT [Albert DUPONT, homonyme cité dans la lettre de Dominique du 01.09.14].
Pardonnes moi si je ne peux continuer à écrire. Le bateau remue beaucoup et ma main aussi. Je t'écrirai dés mon arrivée à BORDEAUX. Meilleurs souvenirs à "Tio et Tia Luis", un baiser à Grand-Mère Anita, Mama-señora, Bon-papa, à la "Potota" et à toi et à papa (qu'il me garde les saucisses) "un fuerte abrazo" de ton "fils"

(Juan Carlos) Cacalo
Souvenirs à tous ceux qui demanderont pour moi
Vive ma maman et mon papa !
hip,hip,hip, Hurrah !

[Juan Carlos s’est lui même représenté sur le pont du Massilia , brandissant un drapeau français.. Pour qu’il n’y ait aucun doute il a écrit son nom au dessous de son personnage. Dans une bulle il clame " Vive mon papa et maman ". Dans une autre bulle, il a inscrit les premiéres paroles de l'Hymne Uruguayen " Orientales! La Pàtria u la tumba…Libertad sin gloria morir….." suivies de celles de la Marseillaise "Allons enfants dela patrie le jour de gloire…"A côté de sa signature, il a inscrit "Cacalo"… Sans doute pour rappeler son surnom d'enfance ( contraction de "Juan-Carlos") .Enfin, pour rétablir l'égalité dans l'affection qu'il porte à ses parents, il a pris soin d' inscrire à nouveau "Vive ma maman et papa" mais en inversant les deux termes.]

La lettre N°6 que nous reproduisons ci-dessous résume les principaux événements survenus entre le 10 septembre et le 10 Novembre 1914. Elle raconte en particulier l'arrivée à Bordeaux et le voyage jusqu'à Tarbes.
Nous sommes en temps de guerre et les communications de part et d’autre de l’Atlantique sont devenues difficiles. De nombreuses lettres se perdent ou arrivent avec un gros retard.... Cela semble avoir été le cas pour les lettres 2 à 5 qui ont vraisemblablement beaucoup tardé à arriver. Nous en avons cependant conservé de larges extraits inédits et souvent savoureux , en prenant soin de les présenter en paralléle avec les paragraphes correspondants de la lettre principale.

Débarquement à Bordeaux
Quand nous sommes arrivés à BORDEAUX, j'ai trouvé une lettre de tante dans laquelle elle me disait la grande surprise causée par mon voyage en Europe et où elle me demandait d'aller passer 3 ou 4 jours à Tarbes avant d'aller me faire incorporer.

Je débarquais donc avec PEYROU, DOUCOUSSEAU, les frères LABORDE et 5 compagnons de Montevideo.
Celui qui s'appelait DUPONT, tenait absolument à m'amener chez lui à Paris.
Le monsieur barbu également. Il m'ont chaleureusement remercié pour votre accueil et m'ont promis que si un jour ou l'autre ils revenaient en Amérique, ils viendraient vous saluer.
Nous sommes tous allés faire un bon repas, dont nous avions un grand besoin. Ensuite nous nous sommes promenés à travers la ville, qui est très belle et étendue, avec des avenues importantes et de grands édifices.

A 3 heures de l'après-midi nous sommes présenté au recrutement. Mais comme il y avait beaucoup de monde, j'ai décidé que j'irai le lendemain matin à 8 heures.

Départ pour Tarbes A l'heure du souper, nous sommes encore allé manger ensemble.Mon ancien Maître, DUCOUSSEAU[Instituteur de JCD à l’école des frères des Ecoles Chrétiennees de Garaison à Montevideo] s'est beaucoup occupé de moi pendant tout le voyage . Sa famille habite à quelques kilométres de Tarbes et il ma conseillé de faire le voyage ensemble. Nous sommes donc partis de la gare de Bordeaux à 11 heures et demi du soir.Cela a été un voyage terrible: le train marchait à 22 Kms à l'heure et s'arrêtait 45 minutes dans toutes les gares.
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Anecdote a propos des armes de l'Uruguay
ecusson Cette anecdote a longtemps fait partie du folklore familial, mais n'est pas racontée dans la lettre.
Depuis Bordeaux, le compartiment est bondé.Les voyageurs n'arrêtent pas de monter ou de descendre à chaque arrêt... Juan_Carlos commence à trouver le temps long et consulte fréquemment sa montre à gousset. A Morcenx, une belle jeune fille d'une vingtaine d'années pénétre dans le wagon et vient prendre la seule place restée libre, à côté de lui.
Galant Juan Carlos se léve pour se saisir de la valise et la mettre dans le filet. Ce faisant il lui marche légérement sur le pied et s'exclame : " Mille pardons, Señorita je vous ai "pissé" le pied (de l'espagnol pisar= "marcher sur"). La jeune fille prend un air pincé et finit par s'asseoir..... En apparté DUCOUSSEAU explique a son ancien éléve sa bévue..... Un instant plus tard, pour essayer de rattraper le coup et engager la conversation, ce dernier sort sa montre, ouvre le double fond où sont gravées les armoiries de l'Uruguay, la tend à sa voisine en souriant et lui dit dans un français approximatif : "Señorita, céci est lé cul ("el escudo"= armoiries = écu= bouclier) ... La demoiselle lui rend son sourire d'un air gêné ... pendant que DUCOUSSEAU intervient pour expliquer la nouvelle erreur de prononciation commise par Juan Carlos....])

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Nous sommes donc arrivés à TARBES à 3 heures et demi de l'après midi. En arrivant chez tante, la première chose que j'ai faite, a été d'aller prendre un bain .... Vous ne pouvez pas imaginer dans quel état je me trouvais, après plus de 20 jours de mer !
A 5 heures et demi, nous sommes allé avec mon oncle
[Léon LALANNE époux de Marie LOUISE] en voiture pour dire bonjour à Monsieur CESTIA et quelques autres parents et amis. Ma tante, mon oncle et Félicie ont été très bons pour moi et m'ont fait visiter le peu de choses qui en valait la peine à TARBES et dans les Pyrénées.

Engagement impossible Au bout de 3 jours, j'ai été pour m'engager et j'ai présenté les papiers. Il me manquait cependant celui que m'avait donné le Consul de france , où il certifiait disait que je'suis fils de Français et le document donnant votre consentement à mon engagement puisque je suis encore mineur....
Vous savez très certainement où sont passés ces papiers.
Quel joli coup vous m'avez fait là ! Et moi qui venais ici avec tant d'enthousiasme pour aller sur le champ de bataille et la volonté de mériter des galons, comme ceux gagnés par JULES. Engagé comme simple soldat, il est déjà sous-officier d'Infanterie, et il a comme prochain objectif celui de devenir lieutenant.

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LETTRE N°6
Tarbes, le 23 Novembre 1914

Chers parents,

Enfin ! Enfin ! J'ai reçu la lettre que j'attendais tant. Elle m'a rempli de joie en apprenant que vous étiez en bonne santé et contents que je n'ai pas pu m'enrôler (moi je le suis moins !).

Période du 10 septembre au 10 novembre 1914
Maintenant, je vais vous raconter à nouveaux les principaux événements survenus depuis mon arrivée en France.

LETTRE N°2
Tarbes, Mardi 22 Septembre 1914
à Mme Eugénie M. DUPONT

Ma chère maman,
Cette lettre est la quatrième que je t'écris, et je m'étonne beaucoup de ne pas avoir encore reçu de réponse.

 

 

Notre voyage de Montevideo à Bordeaux a été splendide.
Nous étions 2400 passagers. Le gouverneur de l'île
[du CAP VERT] nous a dit que nous nous avions eu beaucoup de chance pour avoir pu échapper à un torpillage. En effet nous avons été poursuivis par des navires de guerre allemands pendant tout le chemin.
La nourriture qu'ils nous donnaient à bord était pire que celle que l'on donne aux chiens, et il y en avait peu.

En arrivant à Bordeaux, j'ai reçu une lettre de Marie Louise me disant de venir.

 

 

J'ai pris le train à 9H30, après avoir souper avec DUCOUSSEAU PEYROU, les deux frères LABORDE, DURAND et tous ceux qui ont signé la carte postale que je t'ai envoyée.

 

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Nous sommes donc arrivés à TARBES le lendemain, à trois heures de l'après midi, après un voyage pénible. Nous avons été très bien reçus.

 

 

 

 

 

 

Comme tu le sais par la lettre que tu as reçue de Tante [en réalité petite cousine], il m'est impossible de m'engager malgré toute l'envie que j'en ai. J'attends tes instructions, je ne sais pas ce que je dois faire.

Demain je ferai une nouvelle tentative pour m’engager et j’espère qu'elle marchera. Si j'ai de la chance je t'écrirai à nouveau.
Je ne t'écris pas une lettre plus longue parce que, dans les autres, je t'ai raconté tout ce qui en valait la peine. J'attends une réponse d'urgence pour prendre une décision

Sans rien de plus pour le moment, ton fils te quitte ainsi que papa, en t'envoyant un très fort baiser pour Mama-Señora et Bon-papa

Juan Carlos

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Suite LETTRE N°6-2
Etant à Tarbes, j'ai reçu une lettre de FELIX où il me disait d'aller le voir à MARSEILLE, et comme je m'ennuyais beaucoup, je décidais de le faire immédiatement.

LETTRE N°3
Marseille, le 22 Octobre 1914

Cher petit papa,

Dorénavant je t’écrirai plus souvent . En effet, cela fat maintenant un peu plus d’un mois que j’ai débarqué à Bordeaux et ma curiosité commence à s’émousser.
Retour Description de Tarbes et de sa région>
Je connais maintenant les habitudes et les principales villes et villages. Pa r contre, ce que je n'ai pas encore pu aller connaître le village où tu es né [Castera-Lou]. L'automobile de LEON, et lui même, ont été réquisitionnés pour transporter des officiers d'un point à un autre., mais je pense pouvoir y aller dés mon retour de Marseille.

La ville de TARBES est assez grande et jolie. Partout on voit de larges voies cyclables, mais ce que j'aime le plus c'est la propreté, l'ordre et la tranquillité qui y règnent.

Une nouvelle qui te fera sans doute beaucoup plaisir : je commence à bien e comprendres le français et et à le parler à peu prés.

Ma distraction de toutes les après midi est d'aller voir arriver des centaines et des centaines de blessés et de prisonniers allemands.

La campagne est très belle pour son côté verdoyant et bien travaillé. Quand je serai de retour, j'aurai beaucoup de choses de France à te raconter et nous passerons des moments bien intéressants.
Je rassemble tous les journaux que j'achète et j'en fais un paquet avec ceux de Marie Louise qui sont en double pour te les envoyer la semaine prochaine.

Comme je tu peux le constater, je me trouve actuellement à Marseille. J'ai en effet reçu il y a quelques jours une lettre de mon cousin FELIX dans laquelle il m’invitait à aller lui rendre visite. J'ai demandé l'avis de Marie Louise et je me suis décidé

Quand je suis arrivé ici, j'ai été très bien reçu par FELIX et JULIE dite LILI. Ma cousine est très gentille et sympathique. Elle ma donné une petite chambre, très propre et coquette
La famille CESTIA
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Le fils de FELIX que l’on appelle MIMI
[Maurice] est une véritable splendeur. Il est grand, fort, rosé de visage, jamais il ne pleure. Ce qu'il a cependant c'est une faiblesse dans les jambes et il ne marche pas encore. La famille de FELIX avait l'intention de faire un voyage en Amérique, mais cette maudite guerre les en a été empêché.
Mon cousin Emile s'est marié il y a plus d'un an. Il va bientôt être père et vit à SALON, à 60 kilomètres de Marseille ..
Mon autre cousin JULES a eu une petite fille, il y a 19 jours. Comme tu le sais, il est au front où il a failli mourir quatre fois.

La première fois c'est un morceau de mitraille qui lui a traversé l'oreille, le blessant légèrement.
La deuxième, cela a été un obus qui lui est passé sous le bras, mettant la capote en lambeaux sans toucher les chairs.
La fois suivante il a été nommé caporal.
La dernière enfin , celle où il a été le plus prés de la mort, s'est déroulée ainsi :
Le sergent avait devait faire une commission. Et comme il se trouvait là, il lui dit de rester de garde pour surveiller les vivres. Soudain, l'ordre d'attaque est donné à la compagnie, mais il ne peut faire rien d'autre que de rester là pour garder les vivres jusqu'au retour du sergent.
Par chance, le sergent ne revint pas avant 2 heures. De la compagnie qui comprenait 90 hommes au départ, il n'est restait plus que 8 hommes. Il dit que si ce n'avait été à cause des vivres, il y serait aussi resté avec ses camarades. Il dit qu'ainsi il a échappé d'une mort certaine. La guerre est très sanglante. Les hommes tombent comme des mouches.

J'ai 15 connaissances du "LUTETIA" qui sont morts. Le résultat final, tu peux en être sûre, est que nous vaincrons ces cochons et immondes Allemands. Tous les jours j'en vois. La France en est pleine. Rien qu'à Tarbes, il y en a plus de 3000.

D’ici quelques jours je t'enverrai des journaux de cette guerre. PEYROU y part dans 4 jours. Les trois fréres LABORDE également.

Quant à moi comme te l’a raconté tante [Marie-Louise LALANNE] dans sa dernière lettre, il ne m’a été possible de m’engager pour l’instant malgré toute l’envie que j’en ai.FELIX me conseille d'attendre mes 17 ans, ainsi je pourrai entrer dans l'armée tout à fait régulièrement.
Pour cela, j'ai besoin que tu modifies ton papier d'autorisation en mettant que j'ai 17 ans et que je suis fils de Français et que tu le fasses certifier par le consul.

Je penses que tu vas bien ainsi que maman et la "Pototita" qui me manque beaucoup parce que je ne peux pas lui donner quelques pichenettes, comme celles qu'elle aime tant.... Et le magasin de Chaussure marche-t-il bien ? J’espère bien qu’il en est ainsi.

Donnes beaucoup de gros baisers de ma part à mes grands parents [MEYRANX] chéris : MamaSeñora, et Bon-papa, ainsi qu’à ma sœur Potota, à Catalan et Marie Beaumont [amis de la famille]. Des souvenirs également pour Angelita, Doña Anita, Elena et pour tous ceux qui te demanderont de mes nouvelles. Toi et maman recevez un million de baisers de votre fils qui ne vous oublie pas.

Juan Carlos

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Suite LETTRE N°6-3

 

 

 

Je suis resté à Marseille tout juste un mois, et j 'y ai été accueilli comme un véritable frère. J'ai été malade et ai dû rester au lit car j'avais de la fièvre.

LETTRE N°4
Marseille, le 27 Octobre 1914

Chère maman,

Je crois que tu seras contente puisque je t'écris dorénavant tous les trois jours.

En arrivant à Marseille , j'ai été assez malade de l’estomac . J’ai été obligé d’aller consulter plusieurs fois le médecin. Il m'a ordonné un petit traitement, et maintenant je suis très bien.
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Arrivée à Marseille J'ai pris le train à 3 heures de l'après midi et suis arrivé à Marseille le lendemain à 8h30 du matin. Cela a été un voyage très pénible, car j'ai dû rester debout pendant tout le trajet.

J'ai eu comme compagnon de voyage le commandant du vapeur Transatlantique "GALIA" qui ma accompagné dans la ville. J'en ai profité pour lui demander s'il me conseillait d'entreprendre la carrière navale. Il m'a dit de ne pas la suivre parce que les études sont très longues et que si n'importe quelle année tu es recalé, tu dois recommencer au début, même si tu es capitaine.

En m'adressant aux passants pour leur demander où était la rue Arnaud, aucun ne savait me renseigner. Après avoir marché beaucoup j'ai fini par arriver à 12h30. J'ai été très bien reçu, au delà de ce que l'on peut imaginer. La femme de Félix est très gentille et je suis très content.
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Découverte de la ville de Marseille
Marseille est une ville très animée. Tout les jours arrivent des colonies françaises des troupes Anglaises, Hindous, Sénégalaises, Japonaises, Canadiennes et Arabes. Les Allemands ont une peur atroce de ces hommes parce que, quand ils font des prisonniers, ils leur coupent la tête et leur dépècent les oreilles pour se faire des colliers autour du corps. J'en ai vu beaucoup
FELIX m'a amène plusieurs fois à travers la ville. J’ai été frappé, par sa saleté et sa quantité de détritus. Bordeaux est beaucoup mieux.

Je t'enverrai plusieurs vues. Il y a NOTRE DAME de la GARDE qui est à 300 mètres de hauteur, d'où on peut contempler le panorama de toute la ville, la campagne aux alentours , et tous les forts qui sont en mer. Cependant il reste une chose que j'aurais beaucoup aimé pouvoir visiter, c'est le CHATEAU D'IF, où a été enfermé le "Masque de Fer" par "Artagnan". Mais cela est impossible, parce que maintenant il est plein de prisonniers allemands.

J'ai été plusieurs fois arrêté par les gendarmes pour me faire demander mon "laissez-passer". En effet, nous sommes en temps de guerre et il faut en avoir un. J'ai dû me faire photographier, parce que tout le monde doit avoir une piéce d'identité.

J'ai déjà fait de très gros progrès en Français. Je le parle assez bien et comprends tout. Ainsi, quand je reviendrai à Montevideo, je le parlerai comme un véritable Français et je pourrai trouver un emploi dans n'importe quelle maison Française. Félix m'a fait un papier où il atteste que je suis Uruguayen. Cela me sera très utile le jour où je voudrai sortir de France Il n'y a pas de travail au Consulat. Nous passons de longues heures à parler notre beau Montevideo qu'il pense revoir l'année prochaine, si tout va bien.

Quant à moi, je connais déjà beaucoup de choses en France: toutes les Hautes Pyrénées, Bordeaux, Marseille, Toulouse, etc .. Ce qui m'étonne beaucoup c'est qu'il y a un grand nombre d'Uruguayens à TARBES.

Mon ancien maître, DUCOUSSEAU, est parti pour le front et j'ai reçu une lettre dans laquelle il me dit qu'ils ont très froid et beaucoup de misères. Le capitaine PERNOT s'est comporté avec moi comme s'il avait été mon père, se montrant très attentif, me conseillant et me guidant pendant tout le voyage. Plusieurs amis m'ont dit qu'il avait reçu une très mauvaise blessure.

Donne beaucoup de baisers a Mamaseñora et à Bonpapa, à la Potota, à Doña Anita, a Momon et mes souvenirs à Angelita à qui je ne peux plus donner mon costume à repasser pour refaire le pli du pantalon. Sans rien de plus pour l'instant, je te quitte ainsi que papa, avec 1.000.000.000 de baisers de ton fils qui ne vous oublie pas. Juan Carlos

Juan Carlos

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LETTRE N°6-4
Après un mois passé à Marseille, j'avais l'intention de revenir à TARBES, mais avant j'ai été rendre visite à mon autre cousin, Emile, qui habite SALON. Il m'a embrassé avec beaucoup de joie, car il ne se souvenait presque plus de moi.

Quand je suis revenu à TARBES, sans avoir trouvé de vos nouvelles à la maison, vous pouvez vous imaginer dans quel état de tristesse j'étais. J'avais l'intention de vous envoyer un télégramme, mais ceci aurait coûté une somme folle.

Avant hier, pour la première fois de ma vie, j'ai vu tomber de la neige; en petite quantité sans doute, mais il commence à faire très froid

Quant à PEYROU, il est parti jeudi dernier pour la guerre. Il y allait des plus content.

Je ne t'ai pas envoyé de plus longues lettres , parce que je tiens mon "Journal". Je veux vous faire une bonne surprise : il est très bien écrit.

Comme te l'a fait savoir ma Tante, mon oncle a été réquisitionné avec sa voiture pendant un mois. Ensuite il a été libéré. Il craint maintenant que l'on ne le rappelle, car il a appris que l'on les prend jusqu'à 52 ans, et il en a 49. Tu peux t'imaginer la tristesse et l'inquiétude de ma tante.

Mon autre cousin LOUIS ,[ né à Montevideo le 4 Juillet 1882. Frère de Marie-Louise], est dans la Croix Rouge et a été très content de me voir. Les nouvelles de la guerre s'améliorent de jour en jour, et tout le monde est sûr de la Victoire finale. Tous les amis qui sont venu manger chez nous avant notre départ sont bien pour l'instant. Ils t'envoient leur meilleur saluts ainsi qu'à NICOLINI dont ils ont beaucoup apprécié l'amitié.

Dis à Nicolini que la "caña" dont il m'a fait cadeau était très bonne. Mais se sont mes amis qui l'ont bue, mais pas moi car elle était trop forte.

Je crois que vous serez contents, car cette fois ci cela fait une petite lettre qui n'est pas mal ...

Je t'envoie les meilleurs saluts de la part de ma tante de mon oncle, ainsi que de Félicie [souer cadette de Marie Louise]et des enfants[Jean et Marnette]. Embrasse de ma part la POTOTA, grand mère ANITA, Madame BONOMY et Marie BEAUMONT.
Souvenirs aux deux Edouard, à Angelina , Nicolini, Giorello [Cocher de la famille, Mobilisé en Italie en 1915 et concierge du consulat d'Uruguay de ROME en 1937] ainsi qu'à Anita et Priario.

Sans rien de plus pour le moment, votre fils vous quitte à tous les deux en vous embrassant très affectueusement sans oublier les fleurs dont il vous réserve la plus belle.

Juan Carlos
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LETTRE N°5
Tarbes, le 10 Novembre 1914

Chère Maman,
Je t'écris cette lettre pour te dire que je suis en très bonne santé, et que j'espère qu'il en va de même pour vous tous à la maison.
. Salon de Provence
Depuis jeudi, je suis revenu à Tarbes, après avoir passé un mois à Marseille et trois jours à SALON.

Quand je suis arrivé à MARSEILLE, j'ai été très bien reçu par FELIX et JULIE. Nous avons beaucoup visité Marseille, puis nous sommes allés passer 3 jours à Salon chez Emile , où j'ai été présenté à son épouse FERNANDE, qui m'a semblé avoir un abord plutôt froid.

Elle a a une soeur, institutrice, qui joue du piano et chante très bien. J'ai moi même chanté et dansé un tango qui lui a beaucoup plu. Elle m'a demandé de lui procurer des Tangos et qu'elle me les réglerait. Mais je lui ai dit que ma soeur en avait des anciens et très jolis. Aussi je te demandes, s'il te plaît, de m'en envoyer quelques uns, par exemple 8 à 10.

Dés mon arrivée à Tarbes, aprés 30 heures de Chemin de Fer, Tante m'a montré une lettre que Marguerite CARESSON lui avait envoyée. Elle lui expliquait que tu étais très triste parce que tu n'avais pas de mes nouvelles.
Ceci m'étonne beaucoup, parce que comme je te l'avais promis, je t'ai écri du premier port où nous avons touché terre. C’était SAINT VINCENT de Ténérife. Ensuite depuis BORDEAUX une carte postale, et depuis TARBES et MARSEILLE, d’ où j'ai continué à t'écrire tous les 8 jours.

Je suis très triste, cela fait plus de 2 mois et demi, et je n'ai toujours rien reçude vous. Je te prie de m'envoyer vite des nouvelles pour me tranquilliser.

Il y a 15 jours, Madame GOUT est venue me faire une visite, mais elle ne n'a pas vu parce que j'étais à Marseille. Tante lui a promis que nous irions la voir un de ces jours à VIC, qui est à 20 Kms d'ici.

Dis à papa que ces jours-ci j'irai au village de CASTERA- LOU où il est né , ainsi qu’ à LOURDES d'où je vous enverrai beaucoup de souvenirs à tous, tels que Vierges, Médailles, etc...

Ne te fais pas de mauvais sang pour moi, ni toi ni papa, parce que je suis très bien. Je vous enverrai aussi des souvenirs de la Guerre. Sans rien de plus pour le moment, recevez les baisers les plus affectueux de ton fils qui ne vous oublie pas.

Juan Carlos

Bien des baisers à mes 3 grands parents et à la Potota. Souvenirs à Angelita et à tout ceux qui demanderont de mes nouvelles.

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Lettre aux grands parents...
Lettre N°7 Emetteur: Juan-Carlos DUPONT Destinataire: Mr et Mme Eugéne MEYRANX Retour
Trés chers grands parents

Tarbes, le 23 Novembre 1914

Je comprends trés bien votre peine de ne pas avoir encore reçu une de mes lettres qui vous soit directement adressée. Vous pouvez penser en effet que je vous 'ai oublié. Mais vous vous trompez. Je pense beaucoup à vous, et si je ne vous ai pas encore écri, c'est que je n'avais pas votre adresse.

Je vais suivre les conseils que vous me donnez. J'ai commencé à aller à l'école, et je crois que bientôt je saurai parler le français.

Je vais également vous envoyer plusieurs cartes postales qui devraient vous faire plaisir. Dans la lettre que vous allez m'écrire, dîtes moi où vous êtes nés [Bastennes dans les Landes et Arcachon en Gironde] pour que je puisse vous en envoyer des vues avec un assez gros paquet de journaux et de revues françaises sur la guerre.

Après cette maudite guerre, je vous enverrai mon "Journal en France", qui est très bien écrit.

Dimanche prochain, s'il fait beau et ne neige pas, j'irai à LOURDES avec mon oncle, ma tante et Félicie. Mamaseñora,et je vous enverrai plusieurs médailles, rosaires et scapulaires, etc...

Je ne m'étend pas plus longuement dans cette lettre, parce que celle qui part en même temps comporte beaucoup de détails.

Recevez les meilleurs saluts de la part de ma tante, de mon oncle, de Félicie et des enfants [ Jean qui partira bientôt à la guerre et Marinette] et dela mienne un "fuerte abrazo" et beaucoup de baisers de votre petit fils qui vous aime.

Juan Carlos

Je vous écrirai la prochaine lettre en français ... mais à la condition que vous ne vous moquiez pas de moi. Meilleurs souvenirs pour la sympathique Antonia ainsi que pour Don Angel, Francisca et tous les autres.

Vie quotidienne à Tarbes...
Lettre N°8 Emetteur: Juan-Carlos DUPONT Destinataire: Mme Euguénie DUPONT Retour
Ma trés chére petite maman

Tarbes, le 11 Janvier 1915

Je t'écris cette lettre pour te dire que je suis en très bonne santé et pour répondre à ta lettre du 14 Décembre.

A partir de la photo que je t'ai envoyé, tu te fais du souci parce qu'il te semble que j'étais très maigre.. Tu te trompes complètement, car je pèse 77 Kilos, ce qui est un bon poids pour un petit cochon !!!

Tu me demandes aussi des détails de ma vie: Le jour se passe de façon très monotone.

Je me lève vers 7 h30, à 8 heures nous prenons le café. De 8h30 à 10 heures je fais ma correspondance. Il y en a beaucoup parce que j'ai une lettre à répondre.
De 10 à 11h30, je vais me promener en bicyclette ou à pied
A midi nous déjeunons.
De 2heures de l'après midi à 3 heures je tue le temps à lire ou à me promener.
De 3 h à 4h30 j'étudie et fais mes devoirs.
De 5 à 7, je vais prendre mes leçon de français.
A 7h30, nous soupons puis de 8h à 9h30 j'étudie et fais mes devoirs, sauf les jeudis, samedis et Dimanches où je vais au café. De 10h du soir à 7h du matin, je dors sans me réveiller.

Les Dimanches sont les jours où je m'ennuie le plus, sans avoir rien à faire.
Toutes les cinq Dimanche, nous sortons faire une petite promenade en automobile, parce que il pleut toujours.

Comme tu peux le constater, je suis un véritable angelot, a tel point que le Bon Dieu .m'a promis de m'amener au ciel dés que je le voudrai.... Aussi, tu n'as aucun souci à te faire parce que je suis devenu un véritable petit Saint.

Tu souhaites également que je te fasse le compte de tout ce que j'ai dépensé. En ce moment, je n'ai qu'un costume que je me suis fait faire parce que j'étais presque nu, le pantalon de mon costume marron et celui du costume gris s'étant déchirés au derrière. Je n'en connais pas encore le prix, parce que la facture n'est pas encore réglée. Je te le dirai la semaine prochaine.

Je dois te gronder un petit peu, parce que tu ne m'a pas envoyé les voeux pour la nouvelle année, et papa non plus.

Vous devez vous étonner de ne pas avoir reçu de mes nouvelles depuis plusieurs jours. La raison est que je me suis blessé un doigt, un jour où nous étions sorti en automobile. Cela m'a empêché de t'écrire souvent..

Je regrette aussi que plusiuers de mes lettres se soient perdues, à cause d'une mauvaise adresse. Je ne sais pas si tu a reçu, il y a une vingtaine de jours, une photo où j'étais en, soldat français. Au cas où tu ne l'aurais pas, gardes celle que je t'envoie avec cette lettre. Autrement, donnes la à mes très chers Bonpapa et Mamaseñora.

Le morceau de tissus que je t'envoie, tu dois le garder comme souvenir de la guerre. Il a été pris sur un aéroplane de guerre allemand par un ami qui est soldat. et qui m'en a fait cadeau.
J'ai également cinq balles, des boutons d'uniforme différents que je pense donner à Papa quand je reviendrai à nouveau dan, de celles qui sont publiées dans des revues Je ne te les envoie pas parce cela ferait trop de frais à la poste, mais je te renouvelle que je te les ramènerai quand je reviendrai.

Comment avez vous commencé l'année ? Moi je l'ai entamée très tristement parce que je ne pouvais me retrouver auprès de toi et de papa comme nous avions l'habitude de le faire. Ce sera pour l'an prochain. J'ai reçu quelques cadeaux de ma Tante et une dame qui habite en face m'a donné une délicieuse bouteille de "Champagne". Les cadeaux que m'a fait ma tante étaient une chemisette et un ?????

[Ainsi se termine notre retranscription. La dernière page de la lettre a en effet été perdue. Nous ne connaîtrons donc jamais le cadeau de "Tante"
Au cas où vous ne l'auriez pas reconnue, il s'agit de Marie Louise LALANNE, la cousine germaine cousine de Dominique DUPONT, et que selon la coutume du Rio de la Plata, Juan Carlos appelle sa Tante)..... Compte tenu de son éducation paysanne et de son caractère "pratique" , c'était très certainement un cadeau utilitaire.....
Quant à la dame d'en face il s'agit de Madame Camille LEGRAND, une amie de la famille habitant en face de la maison. Les deux familles s'étaient très liées à la suite d'un incendie qui avait complètement ravagé l'habitation et les Chais de la Maison LEGRAND négociant en vin au N°6 de la Rue des Carmes]

Premiére lettre de Juan-Carlos en Français Nous avons reproduit intégralement la syntaxe et l'orthographe
Lettre N°9 Emetteur: Juan-Carlos DUPONT Destinataire: Mr Dominique DUPONT Retour
Très chers grands parents

Tarbes, le 22 Janvier 1915

Je t'écris cette lettre pour te dire que je suis en très bonne santé, je fais voeux pour qoui et toutes vous autres se trouve en la même santé. Cette lettre que je te écris en français, c'est pour te faire savoir que je fais du grandes progrès et qu'an j'arribe a notre bien chère Amérique je connaîtrai et parleré l'idiome français comme il faut. Touts les jours de 5 à 6h30 , je donne de Leçon.

Il fait beaucoup de temps que je ne t'écri pas. Ne se pas ma faute, un jour que je sorti à promené en automovile je me blesse au doigt. Maintenant je change d'ongle et je suis presque guéri, la preve que je vai très bien. Je coné que je fait beaucoup de fautes, mai tampis, le mois prochenne te écrirè mieux en mieux.

Je te prie que "me envies" beaucoup de journaux Américains qu'il sont plus jolis et plus in,téressent que les journaux français que jamais dits la vérité. Ma tante Marie Louise, toujours, me demande pour les photographies que maman me fais faire avant de partir

IL a neige toue la nuit et il neige encore, la terre et toites sont blanc. Il y a 10 centimétres de neige dans les roues.

Pour la moitié de las lettres sont perdù pour que je mis la direccion trompes. Demain , je te écriré otre lettre en espagnol plus grands. Beaucoup de souvenirs de Tante, Oncle, Félici, Jean et Marie. Besais beaucoup à maman, Potota et Egené et toi en partyiculiere mil besais de ton fix que jamais se ublié de toi.

Juan Carlos

Mamaseñora y Bonpapa: Besos sin olvidar a mis tíos y a Victor Bonti.

CHAU CHAU CHAU
ADICHAT
Aqui te envio un poquito de nieve. X . Lo mojé en tinta para que se distinga la marca
Te voy ha escribir un poquito de Casterlou "Adiou papa, portot pla - Adichat a tous - Adichat "

[Ici je t'envoie un peu de neige. Le l'ai mouillée avec de l'encre pour que tu vois la marque.
Je vais t'écrire un peu de Casterlou "Adiou papa, portot pla - Adichat a tous - Adichat "
Juan-Carlos termine en occitan, sans doute avec la complicité de de Marie-Louise qui ajoute pour teminer la lettre]

Cher cousin:

Comme vous le voyez, c'est Juan-Carlos qui a fait cette lettre tout seul. Ce n'est pas mal pour la première. Sûrement que dans la prochaine, il n'y aura pas tant de fautes. Je n'ai pas voulu le corriger pour que vous puissiez juger de ses progrès. Je pense que nous aurons le plaisir de vous lire bientôt. Dans cette attente, nous vous embrassons tous bien affectueusement Marie Louise

Dans 12 jours je pourrai enfin m'engager dans l'armée française...
Lettre N°10 Emetteur: Juan-Carlos DUPONT Destinataire: Mr et Mme Dominique DUPONT Retour
Chers parents

Tarbes, le 7 Février 1915

Je vous écris cette lettre pour vous dire que je suis en bonne santé , comme j’espéreque vous l'êtes également en ce moment.

Dans 12 jours j'aurai 17 ans et je pourrai enfin m'engager dans l'armée française ! Quel bonheur ! Je suis certains que ces jours-ci je recevrai l'autorisation que je vous ai demandé depuis Marseille. Si par hasard, vous ne l'aviez pas envoyée, faites le plus tôt possible.

A chaque jour quis'écoule, j'éprouve de plus en plus d'enthousiasme pour ce morceau de France qui est ma seconde patrie. Tout le monde me dit que c'est le bon moment pour de m'engager. Il y a de fortes chances pour que la classe recrutée en ce moment n'ailles pas sur le champ de bataille. En effet, il faut au moins 2 à 3 mois d'instruction et les les nouvelles recrues ne seront envoyés qu'au dernier moment, aprés la signature de la paix, pour garder les villes que nous aurons à occuper en Allemagne.

Ainsi donc, vous pouvez vous rassurer à mon sujet . Ce ne sera seulement qu'une belle promenade jusqu'à BERLIN.
Qu'en pensez vous ? N'est-ce pas une bon programme !

Les nouvelles de la guerre s'améliorent de jour en jour. Tous ceux qui sont au le front sont trés contents et ont beaucoup d'enthousiasme. Ils demandent à leurs officiers de les laisser charger à la baïonnette contre ces chiens et cochons d'allemands .

Dans l'autorisation que tu dois m'envoyer, tu dois mettre que je suis fils de français , que j'ai 17 ans et que je m'engage uniquement pour la durée de la guerre. Elle devra être également signée par le Consul de France.

PEYROU est actuellement dans les tranchées. Il me dit qu'il est très content et me demande que je vienne lui tenir compagnie

Je continue à étudier le français. Je le parle actuellement assez bien, mais pour l'écriture en français, cela reste encore un peu plus difficile.

J'espère que tu m'enverras ton consentement le plus vite possible parce qu'ici je ne sais plus que faire. Je crois que vous ne serez pas du tout tristes de mon engagement, sinon tout le contraire.... Comme ce sera beau quand toute l'armée Française, Anglaise et Belge passera sous le grand "Arco de Triunfo", victorieuse et comblée des lauriers de la victoire contre le Germanisme.. Avec quelle fierté vous me contempleriez entrer victorieux au son de la "Marsellesa".

PEYROU me demande que vous ne disiez pas à Montevideo qu'il était dans les tranchées.. Dites au contraire qu'il est dans un hôpital comme infirmier. Ainsi, sa mère se fera moins de mauvais sang.

Ici, il fait assez beau temps, mais nous avons une bonne épaisseur de neige. Si tu savais combien je m'amuse à jouer avec les boules de neige ? Aimerais-tu la voir ? Pourquoi ne viens tu pas faire un petit tour en France ? Cette lettre est la septième que j'écris ce matin. Qu'en dis tu ? N'est-il pas un bon ton fils ! Samedi soir, j'ai été a un mariage chez des amis d e Tía. Je me suis beaucoup amusé. Il y avait beaucoup de monde et de belles choses. Tía vient de me faire un autre pantalon pour que je puisse le porter avec mon veston gris et avec le marron.

Et dans mes pénates natales chéries comment va la vie ? Qu'y dit-on de la France et de la guerre ? J'attends avec impatience l'arrivée de journaux de Montevideo. Comme cela, je passerai un bon moment. Et mes grand parents, pourquoi ne m'écrivent-ils pas ?

Je pense que pour cette fois tu seras bien satifate par ma longue lettre . Donne bien des de baisers et "abrazos" à Mamaseñora, Bonpapa, Potota, Eugenio, comme également bien des souvenirs aux deux Anita, a la famille de Boni; a Angelita , et enfin à tois ces "attorantes"[paresseux] qui déambulent dans la rue.
Sans plus pour le moment, votre fils qui ne vous oublie pas à tous les deux, vous quitte avec un million de baisers.

Juan Carlos Dupont

Finalement, Juan-Carlos réussit à se faire engager au 14éme d'artillerie de Tarbes
Lettre N°11 Emetteur: Juan-Carlos DUPONT Destinataire: Mr et Mme Dominique DUPONT Retour
Chers parents

Tarbes, le 9 Mai 1915

Après tant de mois à ne rien faire, sans travailler et à dépenser tant d'argent, je peux enfin te donner une grande nouvelle qui te causera beaucoup de satisfactions. Je pense en effet que que maintenant, ma carrière est assurée.

Tu croyais que jamais je ne deviendrais un homme . Eh bien en voilà la preuve contraire ! Grâce à ton consentement j'ai pu entrer au 14éme régiment d'artillerie. Cependant tu n'as pas à t'inquiéter, je n'irai jamais à aller au feu. Ce sera tout à fait le contraire.

Quand je me suis présenté au Colonel, je lui ai tout de suite été sympathique, surtout quand je lui ai dit que j'avais été à l'école militaire de Montevideo. Alors il m'a dit "Je vais faire de vous un homme".
Immédiatement il a parlé au capitaine pour lui demander de me mettre au peloton pourpouvoir accéder au grade de "Brigadier". Je pense qu'en étudiant comme je le fais, dans moins de 4 mois j'auraii le grade et alors ils me mettront à l'instruction des jeunes recrues. Cela ne te paraît-il pas une bonne idée ? Tu peux demander à Tía combien j'en suis content.

Maintenant je vais te raconter ce que je fais dans la journée.

Nous nous levons à 5h30, nous avons jusqu'à 6 heures pour nous habiller, nous laver et nous arranger.
A 6 heures nous partons à cheval pour nous promener et faire de l'équitation. Cela me plaît beaucoup.
A cheval jusqu'à 9h30Comme je suis assez bon cavalier et donc apprécié par mes supérieurs.
A 10h repos, puis jusqu'à 11h étude de la tactique française
A 11h30 nous déjeunons: La nourriture est la meilleure qui puisse se demander. Elle est très abondante et propre. Ils ne nous donnent pas du vin tous les jours. Personnellement je m'en moque parce que comme vous le savez je n'ai jamais aimé le vin.
De 11h30 à 13h nous pouvons faire la sieste ou aller nous promener si nous le voulons.
De 13 à 14h nous faisons de l'exercice sans armes.
De 14h à 14h30 repos.
De 14h30 à 15h30 exercice avec armes et ensuite repos jusqu'à 16 heures :
Nous reprenons pour faire nos classes d'artillerie, surtout sur les petits canons de "75" qui font tant de mal aux allemands.
De 17h à 21h30, nous sortons et je vais souper chez tante.

Que penses-tu de ma nouvelle vie ? Tante pourra te confirmer que j'en suis trés heureux et que je suis trés bien noté par mes supérieurs.

Je vais maintenant me faire photographier en uniforme d'artilleur. Ainsi tu pourras montrer avec fierté que tu as un fils soldat qui dans quelques mois sera "Brigadier" de l'armée française. J'ai de très bons compagnons d'arme et je pense que bientôt mon cousin Jean [Jean LALANNE, fils de Marie-Louise] viendra dans le même régiment que moi.

Je t'écrirai toutes les semaines une lettre te racontant tout ce qui m'arrive dans la vie militaire.
J'espére que tu en seras contente ! Bien des souvenirs affectueux à la Potota et à mes chers grands parents, ainsi qu'à Oncle et Tante, à la Beba, à Angelita et à tous en général et pour toi en particulier un million de baisers de ma part

Charles.

Je te transmets les amitiés de oncle et tante et de toute la famille d'ici

Mon adresse: Charles DUPONT: 14éme Régiment d'Artillerie, 65éme Batterie- 2éme Piéce TARBES (HP)
Maintenant je ne m'appelle plus Juan Carlos, mais Charles

 Photo Tarbes JCD 1915 Width=40% 20/12/06
Photo LACAZE à Tarbes - Mai 1915

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